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Full text of "France-Canada [microforme] : Brouage-Québec"

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Canadian Institut* for Historien! Microreproductions / Institut canadien de microreproductions historiques 






Technical and Bibliographie Notes / Notes teclinique et bibliographiques 



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may be bibliographically unique, which may aller any of 
the images in the reproduction, or which may 
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Q 
D 

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□ 
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Coloured covers / 
Couverture de couleur 

Covers damaged / 
Couverture endommagée 

Covers restored and/or laminMed / 
Couverture restaurée et/ou pellJculée 

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Planches et/ou illustrations en couleur 

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possible, ces pages n'ont pas été filmées. 



L'Institut a microfilmé le meilleur examplaire qu'il lui a 
été possible de se procurer. Les détails de cet exem- 
plaire qui sont peut-être uniques du point de vue bibli- 
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ou qui peuvent exiger une modifications dans la méth- 
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' — ' slips, tissues, etc.. hâve been refilmed to 
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orations sont filmées deux fois afin d'obtenir la 
meilleur image possible. 



D 



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Commentaires supplémentaires: 



This ittffl if f ilmad at tht rtduction ratio chtckad titlow/ 

Ce documant est filmé au taux de réduction indique ei-dessous. 

10X 14X 18X 



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Th* copY filmcd h«r* hu ba«n raproduccd thankt 
to («• ganaretity o(: 

National Library ot Caridda 



L'Mtmplair* filmé fut raproduil grâc* » la 
générofité da: 

Blbllothèqua nationala du Caiwda 



Tha imaga* appaaring hara ara iha bail quality 
poatibla coniidaring iha condiiion and lagibilitv 
of Iha original copy and m kaaping with tha 
filming eantract apacificauona. 

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baginning with ma front eovar and anding on 
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sion. or tha back covar wrian appropriata. AU 
otnar original copias ara filmad baginning on tha 
firsi paga with a printad or illuatraïad impraa- 
«ion. and anding on tha last paga ««ith a prinlad 
or illuatratad imprassion. 



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ihall contain tha aymbol —^ (maaning "CON- 
TINUED"!. or tha lymbol V Imaaning "ENO"!. 
whiehavar appliaa. 

IMapa, plataa. charti. atc, may ba filmad at 
diffarant raduction ratioi. Thoaa toc larga to ba 
antiraly includad in ona axposura ara filmad 
baginning in tha uppar laft hand eornar, laft to 
right and top to bottom. a» many framaa as 
raquirad. Tha following diagrams illuitrata tha 
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Lat imagaa tuivantas ont été raproduitas avac la 
plu* grand soin, compta tanu da la condition al 
da la nanaié da l'aaamplaira filma, at an 
conformité avac laa condition* du contrat da 
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originaux sont filmés an commançant par la 
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d'impraasion ou d'illustration at »n tarminant par 
la darniéra paga qui comporta una talla 
amprainta. 

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darniéra imaga da chaqua microficha. salon la 
cas: la symbola — » signifia "A SUIVRE", la 
symbola ▼ signifia "FIN". 

La* cartaa. plancha*, tablaaux. atc. pauvant atra 
filmé* é da* taux da réduction différants. 
Lorsqua la documant ast trop grand pour étra 
raproduit an un aaul cliché, il ast filmé à partir 
da l'angla aupériaur gaucha. da gaucha é oroita. 
at da haut an ba*. an pranani la nombra 
d'imaga* nécaaaaira. La* diagramma* suivants 
Illustrant la métheda. 



1 2 3 




6 



MICROCOPY RESOIUTION TKT CHA«T 

(ANSI ond ISO TEST CHART No. 2) 




^ APPLIED IfVMGE In 

SS-^ 1653 East Main Street 

S^S Rochester, New York 14609 USA 

'^^ (7'6) 482 - 0300 - Phone 

^= (716) 288 -5989 -Fox 



FRANCE - CANADA 



Brouage - Québec 




Armca de Qaébce. 



Publié par la Société Saint-Jean-Baptistc 
de Qyébec. 



1911 



yv/ 






I. 




ba Grandeur Mgr L.-N. Uégin, Archevêque de Québec 



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! 

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if||]!.iî' 4\' " T-:u H.>^\ 



L'Eglise de Brouage 



— 9 — 

La Société Saint-Jean-Baptiste vient de mener à 
bon terme la mission qui lui avait été délicatement 
offerte par Son Honneur le Maire de Québec. Elle a 
recueilli en quelques semaines une somme double de 
celle qu'on disait nécessaire pour la restauration de 
l'église de Brouage, et l'a transmise au comité Cham- 
plain. Sous peu cette restauration sera donc un fait 
accompli. " Dieu soit béni " ! 

Sa Grandeur Mgr Eyssautier, évêque de La Ro- 
chelle et Saintes, a fait parvenir à notre distingué 
président général l'expression émue de sa gratitude. 
Que les membres de notre société, si catholique et si 
française, que tous nos amis acceptent les éloges qui 
leur sont adressés. Ils ne sauraient oublier qu'il 
leur a été donné, en 1910, de faire quelque chose à 
la mémoire de Champlain— et par là d'apporter un 
peu de consolation à l'âme d'un des plus vaillants 
lutteurs de l'épiscopat français. 

Une brochure souvenir sera distribuée à tous les 
habitants de Brouage et à tous les sousciipteurs. 
Elle contient la correspondance officielle, à laquelle on 
a joint — avec permission — l'article qui a été publié 
sur Brouage dans la Revue Hebdomadaire. 



Le cohité. 



— 13 — 

{Soleil du 26 avril) 

SUPPLIQUE DE LA VILLE DE BROUAGE 
A LA VILLE DE QUÉBEC 

Bbouage, 1er mars 1910. 
Monsieur le maire de la ville de Québec. 

Encouragés par les liens qui rattachent notre petite 
ville de Brouage à l'impoi-tante ville de Québec, dont 
notre compatriote Champlain est le ftmdateur, nous 
vous adressons, monsieur le maire, notre humble 
supplique . 

Notre vieille église, riche en souvenirs historiques, 
dans laquelle l'illustre Samuel de Champlain a reçu 
le baptême, et àl'ombre de laquelle a été édifié un mo- 
nument à ce grand homme, a dû subir le sort des 
remparts ai célèbres de notre ville. Eglise et rem- 
parts ont été rayés du nombre des monuments histo- 
riques et, par suite, déclassés et abandonnés. 

A plusieurs reprises, le Conseil municipal a con- 
senti quelques réparations, mais aujourd'hui, l'esprit 
anticlérical des conseillers de la section d'Hiers, et 
la haine qu'ils éprouvent pour Brouage, nous mettent 
dans une triste situation. 

Il est bon que vous sachiez, monsieur le maire, 
que notre antique cité, fondée par le cardinal de 
Richelieu, pour défendre la religion menacée par les 
Huguenots alliés aux Anglais, et qui soutint plu- 
sieurs sièges glorieux, n'est aujourd'hui qu'une partie 
de la commune formée de deux sections, Hiers et 

Brouage. 

La section d'Hiers, la plus forte, compte huit con- 
seillei-s. Celle de Brouage, 4. 



— 14 — 

Or, dans sa créance du 19 février dernier, le Con- 
seil municipal, malgré l'énergique protestation du 
maire, l'honorable M. Brandelis, et des conseillers de 
la section de Brouage, refusa de voter la somme 
nécessaire, (environ 2,500 francs), pour réparer la 
toiture de notre église qui menace de s'eifondrer. 

Js. bonne volonté et lus sacrifices de la population, 
composée de pauvres marins pécheurs, ne peuvent 
arracher à une ruine aussi certaine que prochaine, ce 
bel édifice religieux. 

Ce lamentable état de chose» a mis M. le maire 
d'Hiers-Brouage dans la dure nécessité do ferme ■ 
momentanément l'église et d'ei' interdire tout culte. 

Ce nouveau régime nous devient excessivement 
cruel ; nous sonmies réduits à implorer le secours de 
nos voisins dans toutes les circonstances de notre vie 
religieuse. 

Nous nous adres.son» donc à vous, monsieur li; 
maire, et aussi à l'obligeance de vos administrés [iniii' 
nous .^ider <lans la restauration de notre église et ne 
notre culte paroissial. 

M. le maire d'Hiers-Brouage. les conseillers : .uni- 
cipaux et les habitants de lirouage, tous, nous vous 
demandons au nom de notre grand Champlain, dont 
vous avez célébré, l'an passé, la gloire, de venir à notre 
secours et d'agréer favorablement notre demamle. 

Nous tiendrons à votre disposition, tous les ren- 
seignements que vous désirerez coi laître. 

Veuillez agréer, monsieur le maire, l'assurance de 
nos sentiments sympathiques et dévoués. 



Cette supplique est signée d'une soixante d'auto 
graphes qui couvrent toute, une page. 



— 15 — 

LE REVEIL 

Bulletin cantonal de 'j. 

QuéJjec (Ciimida), If 21 avril 1910. 
A. M. D; conseiller municipal dii llrouaiji'(Francp). 
Cher Monsieur, 

J'iii l'honneur d'accuser ivception de la supi)li<|;ie 
signcc par vous et par un faraud nouihre d'autres 
citoyens de Brouafje, demandant à la c-ié de Québec 
de venir en aide aux travaux urgents de réparation 
qu'il faut exécuter à votre vieille Eglise ; et connue 
cette demande est adressée au Maire de Québee, je 
l'ai traiisuiisc à mon successeur, M. Xap. Drouin, 
titulaire actuel de cette charge, en la reconnnan<lant 
à sa bienveillante attentitm. 

J'ai tout lieu de croire ([ue M. le Maire counninii- 
([uera a\ec vous à ce sujet. 

Je me ferais un plaisir autant ([u'un devoir d'ap- 
puyer les recommandations qu'il jugera opportunes 
pour faire droit à votre supplique. 

Veuillez agréer, etc. 

Garn'EAU. 



— 16 — 



Québec, le 2 mai 1910. 

Monsieur Cyrille F. Delâge, 

Présirlent de la Hociété 8t-Jean Baptiste, 
Québec. 

Mon cher Président, 

Je viens de recevoir par l'entremise de Sir Georgn 
Oarneau une lettre qui me semble bien plus destinée 
au président de la Société St-Jean Baptiste qu'au 
maire de Québec. 

C'est une demande d'argent pour restaurer l'église 
de Brouage où Champlain a été baptisé ; elle est 
contresignée par une soixantaine de perfionnes. 

Il convient à mon humble avis — à li société qui 
est l'âme de Québec — de prendre l'initiative de cette 
œuvi-e— et de la faire sienne. Donnons à la mémoii-e 
du grand Saintongeois ce témoignage de reconnais- 
sance. 

Je vous souhaite plein succès et vous prie d'accep- 
ter l'expression de ma haute considération. 

Nap. Drouin, 



17 - 



La presse <le Québec se faisait l'écho de ndii cou- 
sinx de Haintonge, 

"L'Action Sociale" repriKluiHait la i>'ttre parue dans 
le "Soleil" ; "l'Evèiieriient" y ajoutait un mot bien- 
veillant. 

£t In nouvelle se irpandit un peu partout et les 
sympathies s'éveillaient. 

Qu'allait faire la Société St-Jean-Baptisto ? 

A une séaiici^ <lu comité général de régie, lecture 
fut faite par M. Delâge de la lettre de Brouage et de 
l'érninent conseil du maire Drouin. 

Aux applaudissements des membres présents, la 
Société a( jeptait la tâche qui lui était offerte et 
créa un sous-comité. 

M. Delâge fait la lecture de l'ordre du jour adopté 
par la société St-Jean-Baptiste de Québec, ncnmant 
ce comité avec mission de s'occuper de la souscription 
en faveur de l'église de Brouage. 

Le R. P. Albei-t propose que le comité fasse im- 
primer la lettre du maire de Brouage, la If ttre du 
maire de Québec et l'onlre du jour adopté par la 
société St-Jean-Baptiste de Québec pour ensuite 
envoyer le tout aux citoyens de Québec qui voudront 
bien .souscrire à cette œuvre. 

La proposition a été agréée et Mgr Gagnon et M. 
J. E. A. Pin ont été chargés de préparer ce docu- 
ment. 

A la demande de M. Ph. Corriveau, le nom de M. 
D. O. I^espérancf; est ajouté à la liste des membres 
du comité. Mgr. Gagnon demande d'ajouter les noms 
de MM. Ph. Corriveau et P. V. Chaloult. Le nom 
de M. T. Trudel est aussi ajouté. 



— 18 — 



Il est entendu <|uo les noms dos ^éniireux hous- 
cripteurs Ht>ront publiés dans les journaux de 
Québec. 

Une première réunion de celte commission spéciale 
avuit lieu le même soir et organisait, d'une manière 
pratique la souscription qui devait porter le nom de 
souscription Brouage. 

Etaient pré ents, dit le rapix>rteur, Mgr. C. O. 
Gognon, K. P. Albert, MM. Ur P. H. Bédai-d, C. 
F. Delâge, C. J. Magnan, J. E. A. Pin, J. Lacroix, 
Dr F. X. J. Dorion, O. Goulet, Ph. Corriveau, H. 
J. J. B. Chouinard, T. Tnidrl. 

Sur proposition de Mgr. C. O. Oagnon et de M. 
Jos. Lacroix, MM. C. F. Delâge, J. E. A. Pin et 
Dr P. H. Bédard sont noramé.s respectivement pré- 
sident, secrétaire et trésorier du comité. 

Et à la séance suivante, le trésorier du comité 
donnait lecture de la 1ère liste de souscription (jui 
d'emblée atteignait *300.00. 

C'était le vénérable archevêque de Québe- es 
messieurs du Séminaire, le maire de Québec, .' lo- 
rable président du conseil législatif. Sir Gt.. 'cs 
Garneau et l'hon. E. B. Harncau et ([ueltiues aut. s. 

Toujours prêts à ouvrir largement et leur coeur 
et leur bouise à toute (euvre patriotique et française. 




u 



Québec à Brouage. 

(L'Action Sociale, 12 mai 1910) 

UNE LETTRE DE BROUAGE 

Un saintongeais, devenu canadien trois cents ans 
après Champlain, nous adresse l'intéressante corri' 
munication suivante. 



Personne n'a dû lire, à Qui'bec, la lettre qui nous 
est dernièrement arrivée de Saintonge avec une com- 
plète indifiërence. Le seul nom de Brouage devait 
attirer l'attention et faire éclore les sympathies ; car 
il reste uni dans notre souvenir à celui de Champlain. 
Brouage est le berceau du fondateur de Québec. 

D'ailleurs il suffisait de parcourir les quelques lignes 
qui nous viennent de si loin pour comprendre com- 
ment les paroles les plus simples peuvent atteindre 
parfois la véritable éloquence. Et cependant cette 
lettre n'est qu'une demande d'argent, en iMJnne et due 
forme, avec des signatures légalisées par un paraphe 
authentique et le sceau d'une mairie française. 

Avouons que c'est bien là chose extraordinaire ! 

Qu'un pauvre chemineau frappe à la porte de notre 
maison et de notre cieur en mendiant une aumône, 
nous n'en serons guère surpris et si nous avons un 
tant soit peu le zèle d'un confrère de Saint-Vincent 
de Paul, nous nous réjouirons de l'honneur ([ui nous 
est fait. M.ris qu'\ine ville toute entière, fut-elle petite, 
possédant histoire, parchemins, de beaux titres de 
parenté, s'en vienne demander secours, c'est là un fait 



si peu banal qu'on a prié un Saintongeais de vouloir 
bien vouloir essayer de l'expliquer à ceux qui ont le 
culte du grand Saintongeais, Samuel de Champlain. 

Connaissez-vous Brouage ? 

C'est une petite ville, sise à l'embouchure de la 
Charente, non loin de Rochetort, non loin de LaRo- 
ohelle, et que sa position géographique destinait au 
rôle de sentinelle avancée. On le lui confia pendant 
de longs siècles. Aussi fut-elle armée de pied en cap, 
bordée de fer, cerclée de pierre, pendant qu'on accu- 
mulait dans ses iiiurs toutes les ressources de la pru- 
dence militaire. 

Mais un jour vint où l'Océan, qui faisait sa fortune, 
se retira lentement, emportant avec lui les faveurs 
dont il se réserve l'apanage : marine, commerce, affai- 
res. Et la Charente commença à enliser de ses allu- 
vions boueuses les murs créés par le génie de Vauban. 
C'en était fait de Brouage. 

Hélas : de la splendeur guerrière d'autrefois il ne 
reste que des vestiges : ce sont des murailles déman- 
telées en partie, des travaux de forteresses abandon- 
nées, des poudrières désertes. Les siècles ont fait 
œuvre de destruction et d'oubli. C'est à peine si 
tous ces bâtiments ont connu quelque vie lorsqu'on y 
a entassé les suspects : prêtres et religieux pendant la 
grande Révolution. 

Et de nouveau le silence s'est fait. La ville a pris 
un aspect mélancolique, désolé, qui cadre fort bien 
avec la nature stérile qui l'entoure. Mais voici que 
l'église, témoin vénérable de tant de choses, à la 
façade ridée, moussue par la grande brise marine, au 
seuil usé par des générations de soldats et de marins, 
voici qu'elle commence à sentir lourdement le poids 
des ans. Vous devinez l'angoisse de la population 



— 23 — 

laborieuse que la Providence a constituée la gardienne 
du berceau de Champlain et de l'église où il fut bap- 

' Le souvenir de Samuel de Champlain est sa seule 
richesse. Que si vous avez la bonne fortune ae faire 
un jour ce pèlerinage historique, vous vous rendrez 
compte qu'il en est ainsi. On vous dira fort peu des 
guerres auxquelles Brouage a pris part, des sièges 
qu'elle a connus, maison ne tarira plus sd sagit 
de Champlain, de sa maison, des anecdotes légendaires, 
plus ou moins authentiques, qui flottent autour d elle. 
Vous vous rendrez à l'égli-e et regretterez peut-être 
après tant de dévots, des vieux papiers, de ne pouvoir 
relire l'acte de baptême du grand Saintongeais. Vous 
n'en serez pas moins touché à la pensée qu'il re^ut là 
le don magnifique de cette foi dont il devait être plus 
tard un si brillant flambeau. 

Oui, le souvenir de Champlain est la gloire de 
Brouage. Dès lors, comment s'étonner que ces bra- 
ves gens se soient désolés, et à haute voix, en voyant 
disparaître le dernier vestige d'un passé épique, la 
dernière pierre qui porte le nom de leur illustre com- 
patriote. , ., 
L'église dont ils sont les gardiens aimants a déjà 
subi toutes les humiUati.ms. Rayée depuis longtemps 
du nombre des lonuments historiques, considérée 
comme chose de ..uUe valeur, elle n'émarge plus au 
budj'et. De plus elle ne saurait être comprise a aucun 
titre-encore moins gracieux— dans les faveurs d un 
Conseil général présidé par M. E. Combes. Jille 
devait s'attendre à recevoir l'arrêt brutal qui vient de 
lui être signifié, " Ut quid terram occupât ! ' . . . H 
suffit d'une dénonciation bien aposliUée pour que 
l'église de Brouage ait vécu. 



— 24 — 

Ces pauvres pêcheurs ont compris leur isolement et 
leur impuissance ; et dans leur détresse ils se sont 
souvenus . . . 

Ils se sont souvenus des fêtes, magnifiques den- 
thousiasme, qui ont rappelé la fondation de Québec 
par le Saintongeais Samuel de Champlain : 1608-1908. 
Ils se sont souvenus de l'émotion avec latjuelle ils 
avaient suivi les détails dans les journaux et entendu 
le récit imagé des lèv,"es de leur délégué, M. Brandelis. 
Et persuadés que des hommes unis par la même foi 
patriotique et religieuse ne pouvaient être des indiffé- 
rents les uns pour les autres, ils nous ont écrit et 
naïvement raconté toute leur infortune. 

Qui pourrait les trouver indiscrets dans cette ville 
imprégnée d'histoire de France, où Champlain sera 
toujours honoré comme le père de la Patrie Cana- 
dienne ? 

Il a plu à M. le maire de Québec de nous faire 
present-r leur demande par la société spécialement 
créée pour conserver le glorieux héritage de nos ancê- 
tres : religion, langue et mœurs. 

C'est une pensée dont la délicatesse ne saurait 
échapper à personne et qui donne un caractère tout 
particulier à cette souscription. 

Il eut été possible de trouver des Québécois dispo- 
ses à régler cette r.ffaire de leurs deniers, s'ils avaient 
ete assurés de l'anonymat. Cet acte de haut patrio- 
tisme les eut honorés, mais aurait privé un trop grand 
nombre de manifester leurs sympathies de la manière 
la plus tangible et la plus franvaise. 

Nous nous réjouissons de l'honneur fait à notre 
Société Saint-Jean-Baptiste de Québec. 

Elle est dans son rôle lo'-squ'elle fait appel à tous 
ses membres, à ses amis et leur tend la main en disant : 



" Votre obole ! en souvenir de Chainplain ! et pour 
l'église où il fut baptisé ! " 

La souscription, nous n'en doutons pas, sera très 
généreuse, digne de Québec. 

Et quand un Canadien s'en ira là-bas, sur les rives 
de la Charente, visiter la vieille église Saintongeaise, 
il lira les paroles qui pei-pétueront la mémoire de ictte 
bonne action : L'église ''e Brouage a été restaurée en 
1910 pai les soins de la Société Saint-Jem- Baptiste 
de Québec et de ses amis. 

Fr. Albert, O ;.L C. 



Pendant que les membres de la Société St-Jean- 
Baptiste multipliaient lettres et démarches ; les habi- 
tants de Brouage avertis du succès de leur requête 
se préparaient à mettre à l'abri de toute attaque vio- 
lente la souscription de Québec. 

En effet nous ne pouvons oublier que M, E. 
Combes, ancien président de conseil, est originaire de 
Pons (Charente-Inférieure) et par conséquent des 
premiers avisés lorsqu'il s'agissait de tracasser les 
catholiques à coup sûr. 

Est-ce que l'autorité dioci-saine obtiendrait de la 
préfecture les permissions nécessaires ? — Kst-ce que 
la majorité du conseil municipal utiliserait la sous- 
cription suivant les intentions des donateurs ? Ne 
vaudrait-il pas mieux couper court à toutes ces diffi- 
cultés et acquérir — fut-ce par une permission spé- 
ciale — l'église de Brouage — pour en faire une église 
intangible — L'Action Sociale du 9 mai appuyé <iis- 
crètement cette idée pour en montrer le coté sédui- 
sant et même pratique. 



— 26 — 

9 mai. — Les braves gens de Brouage meilleurs juges 
de leur cause formèrent un comité responsable, pou- 
vant recevoir et utiliser des dons. 

Dès lors la restauration de Brouage était assurée. 

Comité " Samuel Champlain " 

L'an mil neuf cent dix et le treize juin à 9 heures 
du soir, les habitants de Brouage, réunis sous la pré- 
sidence de monsieur Fradin, curé, archiprètre de 
Marennes, dans le but de former un comité d'initia- 
tive pour la restauration de leur église, adressent à 
l'honorable président de la Société St-Jean-Baptiste 
ainsi qu'à tous les distingués membres de cette société 
leurs sentiments de profonde gratitude pour leur 
généreuse intervention et leur dévouement à l'égard 
de la population catholique de Brouagr, décident en 
outre à cette occasion d'offrir à Monsieur le président 
le titre de " Membre d'honneur du comité Samuel 
Champlain." 

Fait à Brouage, le 13 juin 1910. 

(Signé) " Le président, L. Auge, 

" " Le vice-président, Dandonneau, 
" " Le secrétaire, O. Moriveau." 

Vraie copie. 



— 27 



Comité Samuel Champlain,"» 
Brouage Charente Inférieure./ 

Brouage, 12 août 1910. 
Monsieur L. Auoé, 
Président du comité Samuel Champlain, 
A Monsieur Cyrille P. Delagb, 

Président général de la Société Saint-Jean- 
Baptiste de Québec. 
Monsieur le président, 

J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre 
honorée du 18 juillet par laquelle vous nous faites 
savoir qu'une somme de 6000 francs est à notre dis- 
position. 

Ce bel élan de générosité, de la part d'une popula- 
tion qui a su conserver les nobles sentiments qui fai- 
saient autrefois la grandeur de la France ne nous 
surprend pas. 
Au nom du comité Samuel Champlain, 

Au non de la population catholique toute entière 
de Brouage, 
En mon nom personnel. 

Merci. 

Merci à vous cher et distingué Président qui avez 
si bien su organiser et encourager cette magnifique 
souscription. 

Merci à vos Honorables Collaborateurs ainsi qu'à 
tous les membres de la Société Saint-Jean-Baptiste. 

A vous tous, généreux souscripteurs connus et 
inconnus qui avez tenu à participer à l'œuvre si belle : 
La restauration de l'Église de Brouage. 

Merci. 



— 28 — 

Comité Samuel Ciiamplai.v, | 
Brouage, Charente Inférieure./ 

Brouage, 8-9, 1910. 
Monsieur Cyrille F. Delaoe, 

Président-Général Société St-Jean-Baptiste, 
Membre d'honneur du comité Samuel Chaniplain. 

Monsieur le Pre'sident, 

C'est animé des sentiments de la phis vive recon 
naissance que j'ai l'honneur do vous accuser réception 
de votre nouvel envoi de 2000 francs formant avec 
les 4000 frs déjà reçus le montant de la somme géné- 
reusement souscrite par nos cliers cousins de Québec 
pour la restauration de notre église. 

Je suis piofondément touché des marques de 
sympathie que vous nous témoignez dans chacune de 
vos aimables : -ttres, ainsi que de la délicate atten- 
tion que vous avez eue en nous faisant parvenir 
quelques exemplaires du " Soleil ". 

Nous espérons pouvoir faire exécuter les travaux 
nécessaires à notre église avant l'hiver, hélas le mau- 
vais temps passe cette année plus tôt que de coutume 
et nous oblige à en remettre l'exécution au printemps 
prochaii!. 

Nous voulons croire que pour remédier à ce fâcheux 
contie-temps, notre municipalité qui n'a encore rien 
fait pour nous aider voudra bien prendre les mesures 
nécessaires afin d'éviter tout accident pouvant nous 
occasionner des dépenses nouvelles. 



— 29 — 

Avec l'expressiou des Kcntiinents de profonde gra- 
titude et d'admiration des membres du comité, pour 
la façon dont vous pratiquez, depuis l'humble ouvrier 
jusqu'au piemier ministre, la chariti' chrétienne. 

Veuillez agn'cr, Monsieur le Pn-sident, l'assurance 
de mon entier <lévouement. 

Votre très respectueux, 

(Signé) L. Au(iK, 
Prés. Comité Samuel Champlaiu. 



(Le Soleil, i décembre) 

MGR EYSSAUTIER 

Evêque de la Rochelle et Saintes, offre ses 

éloquents et reconnaissants hommages à 

ceux qui ont généreusement aidé à la 

restauration de l'église de Brouage 

Un salut enthousiaste et délicat à Sir Wilfrid Lau- 
rier et à Sir Lomer Gouin 



Monsieur Delâge, le flistingué président de la 
Société Saint-Jean-Baptiste nous adresse une lettie, 
ci-dessous publiée, accompagnée d'une missive d'une 
haute éloquence et d'un vif intérêt. 



— 30 - 

Tout coinineutaire pour le moment du moins lierait 
suporflu. C'est un message qui nous arrive tout 
gr^r:ieux de forme, tout vibrant de reconnaissance, en 
somme un joli cadeau du fioiil h ceux qui ont con- 
tribué h la restauration de l'église de Brouage. 

Voici : 

Québec, 23 décembre 1910. 

A la rédaction du " .Soleil ", 

Québec. 

Je viens de recevoir une charmante lettre de M^v 
Eyssiiutiei-, évêque du diocèse de Iji K.whelle et 
•• aintes, dans lequel se trouve la paroisse de Brouage 
dont l'Eglise a été restaurée grâce à une souscription 
prélevée par la Société .St-Je»n-Baptiste de Québec. 

Je crois (jue le moyen le plus simple et le plus sûr 
de la communi(iuer à tous ceux (|ui ont répondu d'une 
fa^on si spontanée et si ),rénéreu.se à notre appel et 
auxquels elle s'adre.s.sera particulièninent, serait sa 
publication dans les colonnes de votru journal. |0 

Je vous en transmets donc une copie avec prière de 
me rendre ce servie(\ 

Avec la certitude <iue vous .serez a.s.sez aimable pour 
vous rendre à ma demande, et mes remercienients. 

J'ai l'honneur d'être, 

Votre très humble et très obligé, 

CYRILLE F. UELAGE, 

Président S. St.-J.-Bte. 



-31 — 



Evéché de Ijv Uoclu-Ue et Suintes. 

Iji IW-hellc, 6 dée. 1910. 

A M. Cyrille Dela«e, député du comté de Québec, 
président de la Société iSuint-Jean-Bapti.ste. 

Très honoré Monsieur le député, 

L'évéïpie de La Uoclielle obéit uu devoir très 
impérieux et très doux de vous offrir ses reconnais- 
sants hommages. 

En nous aidant avec une j,'éiiérosité empressée à 
restaurer l'éjçlise de Brouage, \ous avez atlirmé la 
piété filiale qui, à travers les océiins, et depuis trois 
siècles, ne jesse d'unir le Caiiafla et la France. 
Krouagc la plus humble des paroisses, constitue entrer 
les deux pays \m point de contact des plus cliers. Là 
naquit et rec;ut le baptènu', notre Ch.unplain, [lar qui 
fut t'<in(lé Québec. Votre freste de bonté s'iiarmonise 
donc à merveilli^ avec les supeibes fîtes par lesi(uelles 
la gratitude nationale célébra, chez vous, il y a deux 
ans, le glorieux fondatein'. 

Xos remerciements \ont d'abord à la Société Saint- 
Jean-Haptiste. Vous la présiilez, et le soutll(? qui 
anime votre grand co^ur la pénètre toute entière. 
Fidèle aux nobles traditions de notre commune his- 
toire, elle s'est tracée sous votre conduite, la belle 
mission d'entretenir comme un feu sacré l'esprit 
Canadien-fran(;ais. Notre appel y fut recueilli avec 
émotion. 

Votre initiative fit surgir aussitôt d'augustes coo- 
pérateurs. Les premières autorités politi(iues et reli- 
gieuses apportèrent leur part. Et l'on vit autour de 
cet obscur mais significatif épisode, ce «jue notre 
France subit, l'humiliation de ne plus voir aujourd'hui 



— 32 — 

IWcord entre les deux iMiiivoiin, source «l'inépuisable 
ficcmdiU" pour le Ijonlicur d'un jn-uplo. A l'arehe- 
vêiiue de (.^uéUn; et a tout l'rpincopat caniulien se 
joignent dans cet acte de charité, Hir Wilfriil Uurier 
le premier du Cana<la, Sir ly.rner Uouin, le premier 
«le tiuék'c, et tant d'autret illustres bienfaiteurs. 

Or, à l'oecrtsion du récent congrès eucliaristi(|uo, le 
vieux monde et le nouveau entendaient la voix de ces 
deux vaillants clirétiens, saluant avec un pieux resj)ect 
et un él(M|u<>nt enthousiasme, le IV'gat du Pajs', glori- 
fiant avec leur foi profonde et leur vibrant amour, le 
Clirist sous les sacn-mentj'lles espéecw. Sir Wilfrid 
Laurier s'ét<mne (pi'il se puisse renconti-er dans le 
vieux monde des lionnnesd'EUt (|id prétendent fonder 
une société, sans mcttif à la base, comme pierre 
angulaire, ri<lée de Dieu. Sir Ivomer (Souin pn^lame 
ipie l'Eglise catholi(iue fut dans le passé et continue 
d'être, dans le présent, le plus vigoureux instrument 
du progrès at de civilisation ; il se félicite do " cette 
haute et etticace collabcjration.' Quel affligeant con- 
traste I Et voilà <iup de Hrouage 't 1 la S. < iéte 
Saint-Jean Baptiste, je me sens élevé par un irrésis- 
tible mouvement de foi et de patriotisme attristés, à 
la France et au Caufula tout entier. 

Vous nous avez tendu la maiti plein^; d'une large 
aumône pour une pauvre égli.se, en souvenir de Cham- 
plain. Puisse la main miséricordieuse de Dieu, tou- 
ché par vos prières et les admirables manifestations 
de vos croyances catholi<iues en souvenir des héroï- 
ques gages de notre comnmii passé, s'abaisser vers 
notre France aveugle pour lui ouviirses yeux, comme 
Ste-Geneviève guérit de cécité .sa vieille mère. 

Ce fut le viHu de Son Eminence le Caitlinal Lé"at, 
dans son magnifique di.scours de Montréal, c'est celui 
de tous les évêques Français. 



— 33 .- 

Honneur et l>éniHlii'tiiiii k vl>u^t, tirH honoré nion- 
Nieur le Député, à voli-e Hociété Mt-Jcan-BaptiNtc et à 
touH ceux dont la chnrité mérite «i bien l'éfflusioii de 
non 8entimentii les plus conliaiix et les pliiN rt-con- 
nuiNsant» en N. 8. 

(Signé) JEAN AUGUSTE, 

Evê>|ue de lia Rochelle <& HaiutcH. 



UN ÉCHO DE BROUAGE. 

MoEZE, 10 juin 1910. 
Paroisse 8t- Pierre, 

Moëze, Charante Inférieure, 

par Soubise, Francet. 
Monsieur le directeur, 

De bfjns amis deQ"ébec m'ont adressé le "Soleil", 
publié dans votre inagniiique cité. 

Je me suis empresaé de comnmniquer la bonne 
nouvelle de votre fr'-tirnelle générosité à l'égard de 
vos "bons cousins" d'outremer. 

Vous avez formé pour nous et en faveur de l'œuvre 
de notre vieille église, un comité, et ce comité a déjà 
recueilli pour l'église de l'illustre Champlaiii de géné- 
reuses offrandes. 

La France connaît votre noble geste, puisque cha- 
que jour il m'arrive de Paris des journaux qui pu- 
blient ce bel exemple de solidarité fraternelle et de 
la plus vive reconnaissance. 

3 



— 34 — 

Du " Figaro " de cette semaine : 
" Les Brouageais conserveront donc leur église, 
grâce au concoure généreusement fraternel de Frau- 
dai' d'outre nier qui ont le culte si rare du souvenir. 
Nous ne pouvions pas laisser dans l'ombre ce curieux 
épisode de notre histoire religieuse contemporaine 

"Merci à nos "cousins " d'(mtre-mer, comme di- 
sent les Français de là-bas ! " 

Et nous, monsieur le directeur, nous redisons mille 
remerciements à TOUS XOS AMIH québeciiuois 
qui dans la cil constance, fraternisent si aft'ectueuse- 
ment avec nous. 

Nous formons, nous aussi, un comité responsable 
pour la meilleure i-éussite de l'o'uvre si iuqiortante 
que d'un commun accord nous entreprenons. 

Notre comité tie surveillance sera placé sous le pa- 
tronage de notre illustrt "^hamplain. 

Dans (luelciues jours nous demanderons à M. le 
maire de Q\iél)(« d'en accepter la présidence d'hon- 
neur. Et vous, cher M. le directeur, vous ne serez 
pas oublié, car nous voyons avec (juel admirable dé- 
vouement vous travaillez aux intérêts de la ville de 
Brouage. 

Daignez a<;réer, M. li; directeui-, mes plus respec 
tueux remerciements et la profonde gratitude de tous 
mes bons amis de Broua^e. 



VICTOR NAVARBE, 

prêtre aumônier honoraire de la Citadelle de 

Brouage, Chartre Infre, France. 




Cyri'IeK. Delâg-e, F'résident Général, 

Société Saint-Jean-Baptiste de tjuebec, 

Député du comté de Québec, 

Orateur suppléant, A'^semblue 1-égi'Nlative 

Province de Québec. 



— 37 — 
REPRODUCTION AUTORISÉE 

Paris, 27 septembre 1910, 

8, rue Garancière. 
Mon Révérend Père, 

En réponse à votre lettre, M. le Directeur me 
charge de vous informer qu'il autorise volontiers la 
reproduction d'article demandé, à condition qu'il soit 
fait mention de la " Revue hebdoma<laire " où il 
parut. 

Veuillez agréer, Rév. Père, 
l'assurance de mes sentiments respectueux, 

L. V., 

Grand'Ilbée. 



Paris, 30 octobre 1910. 

10, rue de la Chaise, 
("e arrond't). 
Mon Révérend Père, 

Au re^u de votre lettre, j'ai écrit à M. Laudet, 
Directeur de la Revue hebdoma<laire, au sujet de la 
demande que vous m'atlressiez ; vous lui a\ez écrit 
de votre côté, et il m'a fait savoir ((u'il vous avait 
répondu. 

A mon retour à Paris, j'ai recherché mes notes sur 
Brouage, et je n'y trouve rien qui mérite de vous être 
signalé, en ce qui concerne notre compatriote Cham- 
plain. 



— 38 — 

Je suis très flatté, mon Révérend Père, de Thon- 
neur que vous me faites en jugeant mon étude sur 
Brouage digr.-; d'être reproduite pour répondre au 
but que vous vius proposez. 

Pauvre petitt église de Brouage, dans quel état de 
délabrement je l'ai vue, il y a deux ans ! 

Le monument élevé à la mémoire de Champlain 
est bien mofleste pour ce glorieux français dont les 
Québécois ont fait leur fils adoptif. 

Veuillez agréer, mon Révérend Père, 
l'assurance de mes très respectueux sentiments, 

T. DOURELLY. 



— 39 — 
SPLENDEUR 

ET 

DÉCADENCE D'UN GRAND PORT 

DE GUERRE 



Quelques années avant la guerre de 1870, un 
examinateur d'a<lmission à l'une de nos premières 
écoles posait à un candidat la question suivante : 
" Pouvez-vous citer un grand port de guerre, place 
forte de premier ordre, en même temps ville indus- 
trielle, de l'époque des guerres de religion, dont la 
prospérité s'est soutenue pendant une grande partie 
du dix-huitième siècle t " 

Tout d'abord, le candidat interrogé resta muet. 
Après un instant de réflexion, il hasarda timide- 
ment : " Aigues-Mortes. " L'examinateur fit, en 
souriant, un signe de dénégation, et ajouta : " La 
ville dont il s'agit existe encore ; ses imposants rem- 
parts se dressent à l'horizon d'un grand port de 
guerre. Un canal navigable marque, aujourd'hui, 
l'emplacement de son ancien havre, au pied de foi- 
tifications dont la construction est due à l'initiative 
d'un puissant ministre. Quant à son industrie, elle 
est en voie de décadence. Ce grand boulevard mari- 
time a servi de pivot pendant près de trois quarts de 
siècle aux opérations qui ont eu pour théâtre une 
notable partie de la France. La place de guerre a 
soutenu plusieurs sièges glorieux. Le port a abrité 
des escadres de quarante et cinquante vaisseaux." 



— 40 — 

L'examinateur allait s'expliquer plus cc<mplète- 
raent, quand un assistant prononça le nom de «rouaae. 
i« candidat répéta à demi-voix : " Brouage. " D'un 
geste un peu raide, l'examinateur fit un signe d'as- 
sentunent, et passa à une autre question. Le lende- 
main, l'incident était connu d'un grand nombre de 
candidats, qui étaient obligés de convenir que la 
question posée se rHj.portait au règne de Louis XIII 
et au ministère de Richelieu qui figuraient dans le 
programme d'examen. 

Les candidats d'aujourd'hui trouveraient-ils tous, 
sans hésiter, réponse à la question ] 

Ces souvenirs remontent à une cinquantaine 
d années. Depuis, le goût des vovages s'est singu- 
lièrement développé en France, et Brouage reçoit 
assez souvent la visite de touristes curieux de voir de 
près ce qui reste de sa splendeur pas.séo. Tous en re- 
viennent pénétrés de cette indescriptible émotion que 
Ion ressent en présence des monuments d'un autre 
âge sauvés de la ruine, et où peut se lire encore la 
déchéance d'une cité jadis puLssante et prospère. 



^^ La route de Marennes à Uochefort traverse, au 
"pont d'un denier" le canal de Mérignac au delà 
duquel commence le marais de Brouage, plaine unie, 
grise, coupée de fossés d'eau, et dont quelques arbres 
rabougris, végétant çà et là, ne rompent pas la mo- 
notonie. De ce point, la vue est bornée en avant par 
une croupe dont les pentes sont couvertes jusqu'à la 
crête par les maisons du village d'Kiers. Trois énor- 
mes pans de muraille encore soudés à un segment de 
voûte, re.stes d'une ancienne poudrière, se dressent 



41 



au pied de ces pentes en face de l'éf^lise, et annon- 
cont l'approche de la forteresse. 

Dès qu'on a gravi la rue principale d'Hiers par- 
tant de l'église, on atteint la place centraledu village 
située près de la crête de la croupe qui masquait 
tout d'abord l'horizon. Alors réapparaît, du côté 
opposé à Marennes, en contre-bas d'une quinzaine de 
mètres, le marais de Brouage sur lequel se profile, à 
1,500 mètres de distance, le front méridional des 
fortifications de Brouage. L'escarpe, au-dessus de 
laquelle planent de grands arbres, reluit sous les 
rayons du soleil ainsi qu'une falaise crayeuse. En 
vain, les regards cherchent à l'horizon le havre d'au- 
trefois. A gauche, vers la mer, (ju'on distingue con- 
fusément, miroitent les bassins des .salines et pointent 
quelques muions de sel blancs comme neige ; à droite, 
s'étendent, à perte de vue, des marais gâts où quel- 
ques chevaux squelettes paissent une herbe rare. 

En présence de ce paysage désolé, qui ne serait 
hanté par la vision du Brouage florissant de jadis et 
de sa destinée à travers les siècles ? Chacjue pas que 
l'on fait à l'intérieur et au pied de ses remparts, dans 
les rues qu'ils enceigncnt et dans le désert qui les 
entoure, éveille un souvenir où tous les âges ont leur 
f'-rt. Les revêtements de pierre, les portes qui s'ou- 
vrent dans les bastions, les rampes accédant aux 
ouvrages, les arbres plantés sur le terre-plein, les 
maisons éventrées, les murs croulants, les chenaux 
qui sillonnent les abords de la cité déchue et les 
accidents du sol eux-mêmes répondent à ceux qui les 
interrogent. Les voix (|u'on entend n'ont rien de 
mystérieux : ce sont celles du haut seigneur qui a 
donné à Brouage sa première assiette au milieu des 
marais, des rois qui l'ont doté de privilèges, des 



— 42 — 

ministres et des ingénieurs qui ont ordonné, construit 
et entretenu ses défenses, celles des officiers qui ont 
versé leur sang sous ses murs, celles des marins qui 
ont cherché dans son havre un point d'appui ou un 
abri pour leurs escadres, et des marchands qui ont 
contribué à l'enrichir, en un mot celles des témoins 
et des artisans de sa grandeur. Ces voix, souvent 
éloquentes, ce sont celles de l'Histoire. 

A l'origine, Brouage n'était qu'une métairie située 
sur les bords d'un canal, véritable bras de mer, qui 
remontait jusqu'au pie<l d'une éminence en promon- 
toire distante d'envinm 13 kilomètres et couronnée 
parla tour de Broue (1). Ce canal débouchait à 
environ 3 kilomètres en face de Château d'Oléron. 
Les deux rives du grand havre qu'il formait étaient 
mises en communication par le passeur (jui habitait 
la métairie. 

Dès le onzième siècle, un grand nombre de bâti- 
ments flamands, anglais et allemands remontaient le 
canal jusqu'à Brouage pour s'y approvisionner de sel 
de qualité exceptionnelle qu'on récoltait en abondance 
dans les marais salants avoisinant le havre. Vers la 
fin du quinzième siècle, Charles VIII, en prévision 
d'une descente des Anglais sur les côtes d'Aunis et 
Saintonge, songea à fortifier les abords du port et à 
y entretenir des vaisseaux de guerre ; mais il renonça 
à son projet pour ne pas exciter la jalousie des Roche- 
lais, qui redoutaient de voir grandir à côté d'eux une 
dangereuse rivale. 

Vers 1555, Jacques de Pon.s, baron de Mirarabeau, 
profitant de l'affermissement et de l'exhau&sement du 
sol produits à la longue par le délestage incessant des 

(I) Un pan de la tour de Broue (broue, en celtique, siRnifie 
àoue) existe encore ; il est d'aspect imposant, et se voit d'un 
grand nombre de points de la contrée. 



43 — 



bâtiments qui fréquentaient le havre, jeta les fonde- 
ments d'une véritable ville. Le nom de Javopolis 
qu'il lui donna attestequ'il participait au goût de son 
temps pour les lettres grecques et latines, mais les 
populatifms maintinrent celui de Brouage qui avait 
sa raison d'ètr»>. 

L'introduction de la Réforme dans la région entre 
Charente et Seudre est un peu antérieure à la fonda- 
tion de Brouage. Pendant les guerres de religion, 
la conquête ou la perte de la ville décida souvent du 
sort de la campagne. Catholiques et calvinistes s'en 
servirent tour à tour comme point d'appui pour leurs 
opérations et comme centre de ravitaillement. 

En 1565, Brouage re(,'ut la visite de Charles IX et 
de sa cour. Le roi traversa la région, fêté par des 
divertissements que les autorités locales s'ingéniaient 
à l'envi, à entourer de pompe, Cité maritime par 
excellence, Brouage voulut lui donner le spectacle 
d'un combat naval simulé entre un navire marchan<l 
et deux chaloupes armées en guerre et figurant des 
pirates. Le premier ayant essuyé des coups de canon 
et des arquebusades sans se laisser aborder, les assail- 
lants l'incerliérent à l'aide de fusées. La représen- 
tation se termina par des scènes de sauvetage qui 
amusèrent beaucoup le roi. Parmi les princes et les 
gentilshommes de sa suite, on remarcpiait Henri de 
Bourbon, fils d'Antoine roi de Navarre, et de Jeanne 
d'Albi'et, âgé alors de douze ans, et qui, un (juart de 
siècle plus tard, devait s'appeler Henri IV. 

L'homme de guerre dont le nom apparaît le pre- 
mier dans l'histoire, associé à celui de Brouage, compte 
parmi Us plus illustres. C'est en 1568 que Biaise de 
Montluc fait embarquer à Brouage les arquebusiers 
qui prennent d'assaut les forts de l'île de Ré. L'an- 



— 44 — 

née suivante, Charles IX appelle à BroiiuKO les 
ingénieurs italiens IteUarmati et Ifcfano, ,,ui cons- 
truisent (juatre bastions en terre autour de la ville 
Au commencement de l'année 1570, les taUinistes 
sont chassés de Broiiage. Peu après, un des plus 
brdlants lieutenants de l'amiral Coligny, celui dont 
Henri IV a dit : " C'est un Krand homme do guerre, 
mais un plus grand homm. le bien. " Franvois de la 
Noue, tente sans succès un coup de main sur la place. 
Jeanne d'Albret, pour réparer ces éiihecs, envoie des 
troupes faire le siège de Brouage où commande le 
comte de Coconas, ce gentilhomme piémontais, qui 
devait, quatre ans après, expier sur l'échafaud .sa par- 
ticipation à un complot contre la vie deCharles IX (1 ). 
La ville est bloquée par la flotte rocheIai.se ; un navire 
flam.,r ! est coulé par elle à l'entrée du Port. Après 
de„x ...ties iiiall-euieuses, les catholiques .son.-nt de 
la place, " enseignes ployées et tabourins dormants." 
Remis, la même année, sous l'autorité du roi, Brouago 
est de nouveau arraché aux catholiques en 1.574. 

En 1577, Henri de Bourbon, roi de Navarre, se 
rendit à Brouage où une réception .somptueuse lui 
avait été préparée ; il assista à des joutes et à un 
simulacre de combat naval dans les eaux du havre 
entre un vaisseau et quatre pataclies, qui dut lui rap- 
peler le .spectacle analogue dont il avait été le témoin 
douze ans auparavant aux côtés de Charles IX. La 
même année, le duc de Mayenne s'empara de Brouage, 
défendu par un lieutenant du prince Louis de Condé! 
En mars 1378, Henri III, en considération des ser- 
vices que pouvait lui rendre le havre de Brouage, " le 
plus sûr et le plus commode qu'il y eût eu Guyenne," 

(i) C'est un gentilhomme qu'Alexandre Dumas et Stendhal ont 
mis en scène dans la Reme Margot et Rouge et Noir. 



— 45 — 

fit l'acquisition de lu cliâtellfiiie d'Hieis et rie la ville 
d(! Bi-<.ua«f. Ef 1585, le» tmufx'sdiipiiiici' de Coudé 
vinrent assiéger la place défendue par son gouverneur, 
Franvois d'Espinay-Saint Lue, surnommé "lu Brave" '; 
elles ne tarflèrent pas à lever le siège. 

II 

Au milieu des orages de la guerre religieuse, la ville 
de Jac(iues de Pons avait pris, en un quart de siècle, 
un développcn<ent considérable. L'uccroissenieiit de sa 
puissance militaire et l'extension constante du com- 
merce du sel n'étaient pas sans susciter la jalousie des 
Kochelais ijui cherchaient toutes les (K'casions de 
nuire k leur voisine. En 1586, ils armèrent un cer- 
tain nombre de bâtiments destinés à remor(|uer jus- 
qu'à l'entré-e du port une vingtaine de galmrres char- 
gées de pierres et de graviers (|ui devaient y être cou- 
lées à £()»(!. Malgré les ingénieuses défenses organisée» 
par d'Espinay-Saint-Luc, l'ennemi réussit dans .son 
entrepri.se. Ia;h effets iuunwliats de cette obstruction 
ajoutés à ceux de l'envasement naturel rendirent plus 
difficile l'accès du port et l'exploitation des marais 
.salants. Les années suivantes, d'Espinay-Saint-Luc 
chercha à rompre cette désastreuse barrière ; cinq 
gabarres furent relevées. Le mal n'était pas encore 
complètement réparé au conunenceraent du dix- 
septième siècle, malgré les sommes élevées dépensée» 
dans ce but 

En 1587, Henri III érigea à Brouage un siège 
d'amirauté. A la mort de François d'Espinay-Saint- 
Luc, tué en 1597, au siège d'Amiens, le gouvernement 
do Btiiuuge passai aux mains de son fil» Timoléon, 
le futur maréchal de France. En 1612, Louis XIII 



— 46 — 

concéda à Bn)ua>{e et à Hiers, " son faubourff, " lo 
droit de " iintimm comniurie. " Pour faciliter la 
conHtruction de la iimiNoii de ville et 1 etabli.s.sement 
de fontaines d'eau douce, il autorisa la perception 
d'un droit sur le sel. L'adduction à Broua^e dos 
eaux d'Hiers suivit probablement de près la dwision 
royal. On peut supposer — ce qui n'est pas sans 
quchpie inti'-rêt — ((ue Bernanl Palissy lu' fut i)as 
étmnKer à l'adoption de cette mesure. Dans son 
amour du bien public, l'artiste de «énie, qui était en 
même temps géologue, physicien et chimiste, signala, 
en effet, dans ses Disniurs iidmimhhs, publiés en 
1080, yous forme fVAdvertisgi'meiit au gouverneur et 
aux habitants de Brouage, Im moyens d'approvision- 
ner la ville en eau potable, grâce aux sources il'Hiers. 
Nous ignorons ré])0([ue à laipielle les conduites d'eau 
furent mises lioivs de ser\ ice. Le château d'eau 
d'Hiers existe encore ; il est situé près de l'église et 
sert d'écurie. 

En 1621, une flotte riH'helaise blcMjua huit vais- 
seaux du roi à Brouage et tenta de renouveler, mais 
sans y rtWissir, le coup de main de l.')8G ; elle ne put 
empêcher l'entrée dans le port <le iiuariinte-huit vais- 
seaux, (pii se joignirent à ceux .lui y étaient enfer- 
més. 

En février 1627, Louis XIII fit signer pour Riche- 
lieu les provisions de la charge «le gouverneur de 
Brouage vac mte par la démission du maré^chal d'Es- 
piuay-Saint Luc. A (pieUpies mois de là, une des- 
cente des Anglais sur la côte d'Aunis et Saintonge 
étant annoncée comme prochaine, et Brouage parais- 
sant menacé, le carJinal y envova le marquis de 
Toiras pour l'organiser défensivement. Il avait été 
prévenu que les Anglais rassemblaient leurs forces 
navales à Portsmouth et se proposaient d'entrer dans 



— 47 — 

le iM'rtuiH d'AiitiiM'li.' i«mr »■ porter, i-ii iino iiiHréc, 
ileviint les reini)arts ,|(. la place. Arrivés là, ils d,'. 
vaicnt surprendre la place, "en se servant rie l'arbre 
de Iwaiipré joint à un autre arl)re pour faire dans les 
deux uni! éulielle, " (|ui leur [«'rniettrait île monter 
.sur la courtine. Tout d'aU)rd on songea à déjouer ce 
projet en coulant (|uelques lnitinients à l'entrée du 
port, mais llichelieu s'y opiM)sa et iléclara iiHil sutti- 
sait dinimerfjer de petits navires i|ui empêcheraient 
l'abordage dans le voisinage des fortitications, 
Broua^e fut approvisir.nné en nnniitions et |K>urvu 
d'une bonne garnison ; on acheta tout le sel dispo- 
nible pour les «ivniers du r' i. Le corps de place fut 
réparé; on consti'uisit i|Uel(|ues nouveaux ouvrages. 
Tout était [Mvt pour uiu' défense Sérieuse, <iuaii<l l'es- 
cadre a njjlai se de Huckinfçbam, se portant sur l'ile 
de lié, rendit inutiles tou ces pri'paratifs. 

Louis XI H veiiiiit d'arriver au camp devant ],i 
Kocliellc, ,ui commciicemciit d'octobre ll>:27. Informé 
i|UO les calvinistes iirojetaient denl. ver Richelieu 
dans le lo','eiaent ipi'il o.-cupait près d'Anfîoulins il 
le fit partir jioMr Hroiuige. yuclipies (ours apivs, 
revenu .lans cette place, le carditud s'\ embanjuait 
pour lile d'Oléron au risipie d'être en.'eve par les 
.^n^lais, afin d'y présider en personne au rassemble- 
■vnt des trouiies destinées à opérer dans l'ile de lié 
.sous les ordres du maréchal de Schomberg. Ai)rès la 
retraite des Anfjlais de cette ile, en novembre IG27, 
il continua à s'occuper activement des défen.ses de 
Brouage, «pi'il ju<,'eait insuffisantes i>our remplir le 
double rôle d'arsenal maritime et de base d'opéra- 
tions militaires. Il écrivait alors à Henri de Sourdis, 
évêque de Maillerais, un de ses lieutenants les plus 
actifs : 'I je vous recommande toujours ma fortifi- 
cation ; " en même temps, il lui annonçait qu'il se 



— 48. 



proposait d'aller lui-même " faire marché do la ma- 
çonnerie " des bastions à y construire. Dès le mois 
de juillet 1627, il avait acheté du roi la çhât«llenie 
d'Hiers d'où dépendait Brouage. 

En 1628, Brouage eut sa revanche contre la 
Kochelle. La chute du boulevard de la religion calvi- 
niste, dont Richelieu était l'inspirateur et le principal 
artisan, mettait fin à une rivalité maritime qui remon- 
tait au quinzième siècle et s'était aggravée de haine 
religieuse. Le fait que des mariniers arrêtés près 
de Brouage pendant le siège furent amenés sur l'esca- 
dre anglaise croisant dans les eaux de la place, et 
firent à l'amiral qui la commandait la description de 
la digue, de l'estacade et des autres ouvrages, mérite 
d'être relevé. Ce seraient, en eifet, les renseigne- 
ments fournis par eux qui auraient déterminé la flotte 
ennemie à remettre à la voile pour l'Angleterre et à 
iibandonner les assiégés à leur destinée. 

Après avoir ordonné le démantèlement de la Ro- 
chelle et d'un certain nombre de places de la côte et 
des iles, Richelieu s'occupa activement d'augmenter 
les ouvrages de Brouage. Lui qui s'entendait si bien 
à raser les forteresses seigneuriales, voulait en faire 
édifier une selon ses vues, qui serait le centre de la 
défense maritime de l'Océan, et où il exercerait en 
maître son autorité. Il se fit donc accorder par Louis 
XIII la lieutenance générale du gouvernement de la 
Rochelle, pays d'Aunis, Brouage et les îles, et en 
confia l'administration directe à son oncle le grand 
prieur Amador de la Porte. 

L'ingénieur Dargencour, que Richelieu avait sou- 
vent consu té 'pendant le siège de la Rochelle, reçut 
l'ordre d'établir le plan des ouvrages à élever à 
Brouage, et de diriger l'exécution des travaux. De 
1630 à 1640, le cardinal consacra des sommes consi- 



— 49 — 



dérables à cette trauJormation dont les affaires de 
l'Etat ne détournèrent à aucun moment son attention. 
La fortere'-se construite par Dargencour affectait 
la fornie d'un carré irrégulier de 400 mètres environ 
de côté, flanqué de sept bastions dont quatre aux 
angles et trois sur le milieu de trois des côtés ; en 
avant du quatrième côté se trouvait un bastion déta- 
ché. Les sept bastions du corps de place existent 
encore avec les courtines qui les séparent et portent 
les noms de Richelieu, Hiers, Saint-Luc, de la Mer, 
Royal, de la Rivière et de la Brèche. Le bastion 
détaché à disparu. 

Le corps de place, bâti sur pilotis, en solide ma- 
vonnerie, avec revêtements en pierre de taille et 
parapet de 2 mètres d'épaisseur percé d'embra-sures, 
est à peu près intact, si ce n'est sur les points où a été' 
frayé, en 1866, le passage de la route de Marennes à 
Rochefort. Six échauguettes à tourelle quadrangu- 
laire avec toit en forme de dôme, et se terminant 
par un cul-de-lampe, se dressent en encorbellement 
aux saillant!- et aux angles d'autant de bastions ; 
une septième échauguette se détache sur une courtine ' 
on accède à celles des angles entre deux petits' 
parapets en pierre où l'on est à couvert des vues du 
dehors. 

Des deux portes qui fai.saient communiquer le 
corps de place avec l'extérieur, l'une s'ouvrait sur le 
front nord dans le bastion Royal, l'autre sur le front 
sud dans le bastion d'Hiers. La première, qui débou- 
chait sur le port, existe à peu près intacte, si ce n'est 
qu'elle est privée de ses trois fermetures à vantail et 
de ses deux herses; il n'en reste que les rainures 
avec quelques gonds. Sa façade extérieure, d'une 
fine architecture, se compo.se de deux pilastres dori- 
4 



— 50 — 

ques rëunis par un arc surbaissé et d'un fronton 
dont le tympan porte, en un cartouche décoré d'en- 
roulements sur les bords, l'écu fleurdelisé surmonté 
de la couronne royale. La seconde porte, ouvrant 
dans le bastion d'Hiers, n'a plus qu'un montant avec 
quelques gonds. D'après la légende d'un ancien plan 
de la place, les portes étaient ornées de statues ; on 
n'en voit plus aucune trace. 

Le fossé entourant la place au niveau du pied de 
l'escarpe a de 1 m, 50 à 2 mètres de largeur ; l'an- 
cienne écluse qui lui fournissait l'eau à haute mer 
existe encore au pied du bastion de la Mer. 

L'ancien port avait 400 mètres de largeur et pou- 
vait recevoir les vaisseaux de guerre, même à marée 
basse ; il n'en reste que le canal actuel de Brouage, 
large d'environ 25 mètres, profond de 3 à 4 mètres^ 
à hauteur de la place. Ce canal, distant de 130 
mètres du pied des remparts, débouche dans la mer 
entre de^ bouchots ou parcs à moules. On plaçait 
généralement les galères dans un chenal se jetant 
dans le port en amont de la place. Une petite partie 
de la bordure en pierre de taille de l'ancien quai, 
dans laquelle étaient scellés les anneaux d'amarrage' 
des vaisseaux, est encore apparente en face de ta 
courtine qui sépare les bastions Royal et de la Mer • 
on apL-rçoit un de ces organeaux à moitié caché sous' 
l'herbe. Le quai de la rive droite du port devait se 
trouver à environ 245 mètres au delà du canal ac- 
tuel ; il n'en reste aucun vestige. 

Du front ouesl des remparts, on distingue à l'œil 
nu les clochers de Marennes et de Château d'Olérou, 
le fort Boyard entre les îles d'OIéron et d'Aix, et la 
tour de Fouras près de l'embouchure de la Charente. 
Ces vues lointaines ont été souvent utilisées pendant 
les guerres de religion. C'est ainsi qu'eu 1570, sur 



— 51 — 

un signal lumineux parti de Château d'Oléron, le 
gouverneur de Brouage put dépêcher dans l'île au 
secours des troupes royales aux abois, deux galères 
chargées d'hommes et de munitions. 

En 1629, Le Roux d'Infreville, commissaire géné- 
ral de la marine, se rendit à Brouage on vertu dos 
ordres qu'il avait re^'us de Kichelieu pour faire un 
rapport sur l'état des forces maritimes du littoral de 
l'Océan. Il constata les progrès de l'envasement du 
port. En décembre 1632, Brouage vit arriver dans 
ses murs le cardinal k peine guéri de la maladie de 
vessie qui avait failli l'emporter, lors de son passage 
à Bordeaux, au retour de Toulocse. ^1 est assez diffi- 
cile de préciser la date à laquelle il y commença sa 
convalescence. En tout cas, il résulte de sa corres- 
pondance qu'il y séjourna du 7 au 10 décembre. En 
1635, au moment où commençait la guerre a ec 
l'Espagne, le nombre de vaisseaux armés à Brouage 
fut plus élevt' que dans les autres ports de l'Océan. 
Les années suivantes, les travaux de fortification et 
ceux que nécessitait l'état du port se poursuivirent 
activement ; l'archevêque de Bordeaux avait mission 
de les surveiller, et, dans ce but, se rendait fréquem- 
ment sur les lieux. En avril 1639,1e cardinal lui 
écrivait : " Vous ne sauriez me faire un plus grand 
plaisir que de faire travailler la machine [machine à 
draguer] de Brouage et nettoyer le port, (|ui est une 
des choses que je désire le plus." 

En 1642, le conseil de la marine fut réuni à 
Brouage. On y appela les principaux capitaines. Le 
sieur Mantin, chef d'escadre de Guyenne, donna lec- 
ture d'un mémoire d'après lequel fut rédigé " l'état 
général de la marine avec les ordonnances et les 
règlements qui s'y trouvent ". Ce travail servit plus 
tard de base aux ordonnances par lesquelles Colbert 



— 52 — 

réforma la marine militaire. La même année, quand 
Richelieu mourut, la ville avait atteint son complet 
développement ; elle comptait quatre cent trente- 
huit maisons. J^e cardinal y avait institué un siège 
royal et un bureau des fermes. Il avait fait cons- 
truire à grands frais un ansenal, une caserne, un 
hôpital, d'immenses magasins et un hôtel pour le 
gouverneur. 

III 

Richelieu, en mourant, laissa le gouvernement de 
Brouage à son neveu Jean- Armand de Maillé-Brézé, 
qui lui avait succédé comme surintendant de la na- 
vigation. Le comte du Dognon, amiral de France, 
commandait pour lui dans la place. Le jeune duc 
ayant été tué au siège d'Orbitello en 1646, du Do- 
gnon s'enferma dans la place et réussit à s'y main- 
tenir pendant les troubles de la Fronde. Son ambi- 
tion le poussant à s'y assurer une Jsituation indépen- 
dante, il ajouta de puissants ouvrages à ceux qui 
existaient déjà sur le front d'Hiers. Une demi-lune 
destinée à couvrir le bastion d'Hiers vers le sud- 
ouest, c'est-à-dire du seul côté où la place était 
facilement accessible, date de cette époque. La porte 
s'ouvrant dans cet ouvrage correspondait à celle du 
bastion d'Hiers et établis,sait la communication avec 
1 extérieur ; on en voit encore les montants avec leurs 
portillons qui servaient aux piétons. Du Dognon 
ouvrit en personne les travaux afin de stimuler le 
zèle des ouvriers, et alla jusqu'à obliger sa femme à 
porter la hotte. Les remparts furent garnis d'une 
nombreuse artillerie, les magasins pourvus de vivres 
et de munitions. Une escadre de quinze vaisseaux et 
sept galères était à l'ancre en permanence. La gar- 
nison, forte de quatre mille hommes, comptait un 



— 53 



certain nombre de vagabonds dangereux pour la 
population. 

Ce singulier personnage se faisait garder chez lui 
par des dogues mglais, et ne sortait qu'accompagné 
de cent hommes montés et superbement vêtus. Il 
menait grand train et n'entendait pas qu'on le con- 
trariât dans l'exercice des droits souvent fantas- 
tiques qu'il s'arrogeait. Quand il dînait, les portes 
de la place restaient fermées. Aucune femme n'eût 
osé pénétrer dans l'église, quand il y assistait à la 
messe. Le traité d'alliance que ce tyranneau eut l'au- 
dace de proposer à Cromwell n'eutpas de suite, mais 
il n'en fut pas de même de celui qu'il conclut avec 
Philippe IV. Lesvaisseauxdontil disposait à Brouage 
se joignirent à la flotte espagnole. La bataille livrée 
près de l'île de Ré ayant tourné en faveur de l'armée 
navale du roi, du Dognon se trouva réduit à ses 
seules forces. Fn octobre 1652, le comte d'Harcourt 
investit Brouage ; les soldats de du Dognon furent 
mis en déroute et poursuivis l'épée dans les reins jus- 
qu'au pied des ouvrages avancés du front d'Hiers. 
I.,e siège fut levé peu après, la cour ayant obtenu de 
du Dognon qu'il désarmerait au prix d'une gratifi- 
cation de 530,000 livres et du bâton de maréchal de 
France, " un bâton, disait Anne d'Autriche, qu'on 
aurait du lui donner sur les oreilles." 

La soumission de Brouage enleva à h faction des 
princes un de ses principaux soutiens, et remit le 
roi en possession des côtes d'Aunis et Saintonge. I^e 
gouvernement de la place, vacant par la démission 
volontaire de du Dognon devenu le maréchal de 
Foucault, pa.ssa aux mains de Mazarin. 

Avant de se rendre à Saint-Jean-de-Luz, vers le 
milieu de l'année 1659, pour préparer le mariage 
de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse d'Es- 



— 54 — 

pagne, Mazarin, bien décidé à ne pas laisser derrière 
lui ses trois nièces Marie, Hortense et la petite Marie- 
Anne Mancini, les avait fait partir pour Brouage 
avec leur gouvernante, Mme d -. Venel. Au courant de 
la correspondance amoureuse de Marie avec le roi, 
il craignait que son absence n'eût pour effet de l'ac- 
tiver. Il commença par la tolérer à la Rochelle où 
ses nièces s'arrêtèrent quelque temps, puis à Brouage, 
où Marie exprima le désir de résider définitivement, 
mais à la condition qu'elle passerait à la fois par les 
mains de Colbert et par celles de Colbert du Terron, 
intendant de la Rochelle. 

Quand les pourparlers engagés en vue du mariage 
du roi et du traité de paix avec l'Espagne furent 
très avancés, ce commerce de tendres sentiments entre 
les deux amants menaça de devenir compromettant 
non seulement pour eux mais pour le succès de la 
campagne diplomatique menée par Mazarin. Inquiet, 
tourmenté par toutes sortes de scrupules, il résolut 
d'y mettre fin. Tout d'abord, il n'y réussit pas com- 
plètement. Contrairement à ses nouvelles instructions, 
Colbert du Terron, trompant la surveillance de 
Mme de Venel, avait, en effet, continué à favoriser 
l'échange secret des lettres d'amour; en outre, la 
reine mère était parvenue à arracher au cardinal l'au- 
torisation, pour Marie, de s'éloigner de Brouage pen- 
dant une journée et de se rencontrer à Saint-Jean- 
d'Angély avec le roi alors en route pour Borleaux. 

Les conseils répétés de Mazarin à sa nièce finirent 
par l'amener à renoncer à sa folle passion pour le roi. 
Dès qu'il eut la satisfaction d'a.'oir obtenu d'elle ce 
sacrifice, il chargea l'évêque de Fréjus, Zongo 
Ondondei, son parent et un de ses confidents intimes, 
d'aller la visiter à Brouage, de l'encourager à per- 
sévérer dans cette voie et de la consoler. Très atten- 



55 — 



tionné pour ces nièces, il leur proposa, à l'approche 
de l'hiver, de quitter Brouage sous l'escorte de quel- 
ques ofliciers de la garnison et d'aller attendre, dans 
une nouvelle résidence qu'il leur laissait choisir entre 
Poitiers, Amboise, Chenonceaux, Fontainebleau et 
Paris, le retour de la cour après le mariage du roi. 
Elles se décidèrent à rentrer à Paris à la fin de 
janvier 1660 et y logèrent au Louvre. 

Le 27 juin suivant, :;'est-à-dire huit jours après son 
mariage, Louis XIV, cédant au charme du souvenir, 
voulu revoir les lieux témoins des angoisses et des 
douces éniotio s de celle que la raison d'Etat avait 
séparée de lui ; il se rendit, à son départ de Bor- 
deaux, presque en cachette, à Brouage, et ensuite à 
Saint-Jean-d'Angély où il rejoignit la jeune reine. 

Pendant son exil d'environ six mois à Brouage, 
Marie Mancini prenait sa sirur Hortense pour confi- 
dente de ses pensées. Enfermée avec elle dans sa 
chainbre, elle se cachait soigneusement de Marie- 
Anne qui l'épiait, jusqu'à lui défendre sa porte. De 
là, quelques dissentiments entre les deux sœurs, do t 
Mazarin avait de temps en temps l'écho pur Mme de 
Venel et par Ifarie-Anne elle-même qui lui envoyait 
une sorte de gazette. Dans l'isolement où la lais- 
saient ses soeurs, Marie- Anne, pour se distraire, com- 
posait des vers et passait une partie de ses journées 
à jouer au cartes dans le corps de garde de Brouage 
avec les officiers. Un historien prétend avoir vu une 
héroïde de Marie Mancini, avec la mention " de 
l'imprimerie de Brouage ". Cette pièce curieuse ne 
serait-elle pas plutôt l'ieuvre de Marie-Anne qui, à 
douze ans, composait déjà des pièces de vers ? 

D'après la tradition locale, les nièces fie Mazarin 
auraient habité à Brouage le couvent des Récollets, 
et à Hiers une maison particulière. Dans la rue 



— 56 — 

d'Hier» qui relie la place centrale à la i-oute de 
Marennes, vers l'ouest, on remarque une maison à 
un seul étage dont la porte est surmontée d'un écus- 
son de pierre où sont sculptées les lettres M M (Marie 
Mancini) et, au-dessous, un canon, son affût et le 
millésime 1639, qui est l'année do la naissance de 
Marie à Rome. Le rez-de-chaussée comprend deux 
chambres et un petit réduit ; un va :te grenier s'étend 
sous II charpente du toit. En raison de l'exiguïté de 
ces locaux, on peut supposer que Brouage était la 
résidence ordinaire des nièces de Mazarin. Peut-être 
la maison d'Hiers n'était-elle qu'un pied-à-tcrre où 
Marie se retirait pour s'isoler. 

Les registres paroissiaux de Brouage contiennent 
le seul souvenir encore tangible que Marie Man -ini 
ait laisse de son séjour à Brouage ; c'est l'acte de 
baptême d une fiUe du pays, où elle figure comme 
marraine ; il est suivi de .sa signature et de celle du 
parrain, qui était Colbert de Terron. 

S'il faut en croire Mme de MotteviUe, les " trafics 
et grands ménages " auxquels Mazarin se livra à 
Brouage furent une jource non négligeable de l'im- 
mense fortune qu'il laissa en mourant. Tout ce que 
nous savons sur ce sujet, c'est que le cardinal jouissait 
des revenus de sa charge de gouverneur et de ceux 
qui étaient attachés aux droits que la reine mère lui 
avait cédés sur les salines de Brouage. A sa mort 
son neveu, Philippe Mancini, duc de Nevers, lui suc- 
céda dans le gouvernement de la place. 

IV 



Sous le ministère de Mazarin, Brouage participa 
a la décadence de la marine militaire créée par 
Kicheheu. Jusqu'alors, les vaisseaux du roi qui ne 



57 — 



pouvaient se rendre à Brest, erraient, dépourvus de 
ressources fixes telles que magasins, chantiers de 
construction, etc.,etc., entn' Brouage, Ïonnay-Charente 
et la Seudre. En 1665, dans le but de remédier à ce 
grave inconvénient, Colbert décida la création d'un 
grand arsenal maritime sur les côtes de Saintonge. 
Une commission nommiie par le roi, et dont faisaient 
partie Colbert du Terron, le chevalier de Clerville, 
commissaire général des fortifications, l'ingénieur 
Chastillon et le célèbre architecte Blondel, se réunit 
en conférence à Bruuage le 1er mai 1665, après avoir 
visité les côtes de Dunkerque à la Seudre. 

On songea tout d'abord à IJrouage où s'était reti- 
rée, en 1664, la flotte du roi qui avait accompagnée 
l'expédition dirigée par le duc de Beaufort contre 
Djijelly. Malheureusement, la mer s'était un peu 
retirée de la côte entre Seudre et Charente, à la suite 
de l'accumulation des atterrissements progressifs dus 
aux vases charriées par le flux ; le port tendait à se 
combler (sa plus grande profondeur était encore de 5 
mètres) et à se rétrécir ; il en était de même des nom- 
breux embranchements du canal destinés à l'alimenta- 
tion des salines. L'essai de destruction du port, tenté 
en 1586 par les Rochelais, avait favorisé cet envase- 
ment naturel. En outre, l'établissement d'un port de 
guerre tel que le concevait Colbert, menaçait de faire 
disparaître tous les travaux entrepris pour l'exploita- 
tion des marais salants. 

Ces considérations firent écarter Brouage. Pour 
d'autres raisons, on renonça à Soubise, fief des Rohan, 
et à Tonnay-Charente, qui appartenait à la famille des 
Mortemart. Le choix s'arrêta enfin sur Roohefort ; il 
est curieux de constater que le voisinage de la forte- 
resse de Brouage fut un des motifs qui le déterminè- 
rent. 



— 58 — 

En 1676, Brouagc fut visité parle sieur de Colombe, 
ingénieur et géographe du roi, qui avait mission de 
reconnaître les port» de l'Aunis et de la Saintonge, 
d'en lever le plan, de rechercher les moyens d'assurer 
leur conservation et d'indiquer les travaux à faire 
pour maintenir les' dessèchements de marais déjà 
exécutés, et pour en opérer uj nouveaux. 

Api-ès la révocation de ledit de Nantes, en 1686, 
Brouage eut part aux événements qui signalèi-ent 
l'œuvre de conversion des calvinistes, entreprise en 
Saintonge, sous la direction de l'abbé de Salignac de 
la Mothe-Fénélou, le futur archevêque de Cambrai, 
suivant les instructions du marquis de Seignelay, 
secrétaire d'Etat de la marine. Malgré l'esprit de con- 
ciliation qui animait l'abbé de Fénelon dans ses efforts 
pour ramener les protestants à la foi catholique, 
ceux-ci essayaient alors de se soustraire par la fuite 
aux recherches dont ils étaient l'objet. Un certain 
nombre d'entre eux, quelquefois secondés par les An- 
glais, s'embarquaient dans ce but, sur des points de 
la côte avoisinant Brouage. 

Contrairement aux ordres de Louis XI ^ qui, à la 
prière do l'abbé de Fénelon, avait consci à éloigner 
tout appareil militaire des lieux où il ri ,ait exercer 
son ministère, le marquis de Carnavalet, gouverneur 
de Brouage, reçut de l'intendant de hi Rochelle l'ordre 
de poster en vedettes des dragons des milices pour 
s'opposer au départ des protestants. Dans le même 
but, un détachement d'infanterie, tiré de la garnison 
de Brouage, fut .hargé de sui-\'eiller certains points 
de la côte. Quelques religionnaires capables de sus- 
citer à mouvements séditieux furent enfermés dans 
la place. Les religieux Récollets, établis à Brouage 
depuis 1610 ou 1611, recevaient les abjurations dans 
la chapelle de leur couvent. Il y a une vingtaine 



— 69 — 

d'année, on voyait encore les ruines de ce couvent ; 
du puits à dôme qui s'y trouvait autrefois, il ne sub- 
siste plus (|ue la margelle. 

Pendant quelques années encore, Brouage continua 
â servir de place de sûreté, malgré sa déchéance mari- 
time. En 1703, le maréchal de Chamilly écrivait & 
Chamillart «lu'il considérait Brouage comme " un 
poste très important et très dangereux par les hugue- 
nots qui l'environnent et dont le nombre est infini." 

A partir du moment où bs vaisseaux du roi com- 
mencèrent à remonter la Charente jusrju'à Kocliefort, 
les vases de cette rivière profondément remuées et 
rejetées ensuite par le reflux, furent poussées dans 
le cul-de-sac de Brouage et ne contribuèrent pas peu 
à accélérer l'envasement du port. En 1680, des flûtes 
chargées de sel pour les greniers du roi remontaient 
encore sous les murs de la place, mais les gros vais- 
seaux n'y arrivaient plus. Sur l'ordre de I»uis XIV, 
Vauban fit commencer, en 1687, le curage du port et 
de .ses affluents, ainsi que le dessèchement des marais 
voisins. On ne tarda pas à constater (jue l'opération 
ne pouvait s'effectuer dans de bonnes conditions, et 
les lettres patentes expédiées par le roi en 1688 pour 
le rétablissement du port restèi'ent inexécutées. 

En 1689, l'ingénieur Ferry rasa tous les dehors de 
la place jugés inutiles ; le corps de place, dû à Dar- 
gencour, resta à peu près .seul debout ; il y fit cons- 
truire de« parapets en terre. La même année, le mar- 
quis de Seignelay vint visiter Brouage. Sa voiture 
chargée sur un bac ayant failli être renversée dar , le 
chenal de Mérignac, il ordonna la construction, en 
cet endroit, d'un pont en pierre ; c'est celui qui existe 
sous le nom de " pont d'un denier " sur la route de 
Marenue-s à Brouage. En 1697, Brouage devint un 
centre important de rassemblement de troupes desti- 



— 60 — 

nëea à la défense <ie« côte» entre Seudro et Charente 
menacées par les Hollandais. A cette occasion, lé 
inarHcha! de Tourville inspecta la place. 

Des opérations de curage et de dessèchement furent 
tentées autour de Brouage au commencement du dix 
huitième siècle et p<wtérieurement, toujours sans 
résultats En 1710, cent cinquante condamnés aux 
galère» destiné» k être dépo ••» dan» la colonie fran- 
çaise de Saint-Domingue furent envoyé» à Brouage 
ou ils s embarqi-.^: <.„t pour les iles. En 1 7 1 7, le mar- 
quis dAsfeld, !. cimtinuateur do Vauban, le futur 
maréchal de France, visita les ouvrage» et les bâti- 
ments de la place, à la réparation desquels on consa- 
crait des sommes de moins en moins élevées. 

En 1727, la ville commenvait à se dépeupler sérieu- 
sement. La fièvre décimait les habitants. L.. com- 
merce du .sel était en pleine détresse dans le bassin 
brouageais. Les matériaux d'un grand nombre de 
maisons toinbanton ruines étaient vendus aux habi- 
tants de Marennes. En 1730, la garnison fut sup- 
primée et remplacée par six compagnies d'invaîides. 
réduites à une seule en 1742. U traité de Versailles, 
en 1 783 ayant rendu la paix à la France, on supprima 
le pont de bateaux qui établis.sait la communication 
entre les deux rives du port à hauteur de la place • il 
avait été établi quelques années auparavant pour 'les 
besoins de la guerre. 

Dès 1782, on avait entamé, et on poursuivit, les 
années suivantes, de grands travaux d'assainissement 
à I exécution desquels douze régiments furent emplo- 
yés. De cette époque date l'ouverture du canal de 
Saint- Agnant qui relie la Charente à Bi-ouage Au 
moment où cette entreprise commençait à donner les 
meilleurs résultats, la Hëvolutioa en arrêta court le 
développement ; les canaux d'écoulement furent 



— 61-. 

envahi» piir le» va»0H, ot les eaux des baonins de cris- 
tallisation ries salines cessèrent aloi-s de se renouve- 
ler ; niêWs aux eaux pluviales, elles devinrent crou- 
pissantes ; les niiasmc-s pestilentiels (|ui s'en exlial .;i ., 
rendirent le pays insalubie à un hautdejfré, ete "ai 
ïr''""*n"f ''/P"P"'''t'"" dans <les proportions énormes. 
,LrJr',' "'"i"';^'' fut Liasse con.ine siii.ple t,,«te 
fortifie de troisième classe av.^- le numéro dix sur 
oi.ze postes de la Charente Inférieure. C'était une 
di-sgrace futaie ; alors .juc Vaulian renouvelait l'ar- 
mure ( c défense des places, Broua«e s'ensc-velissait 
dans celle que Uargencour lui avait léguée un dcmi- 
siécle auparavant. 

V 

..J!'''"'^*"* '" «évolution, Brouage devint prison 
a atat. hn «rand nombre de prêtres inseri.ienté.s, de 
religieuses et de gi^ntilshommes do la Charente- 
Inférieure, des Deux-Sèvres et de la Vendée, y furent 
déportes en 1793. Parmi eux se tr<mvaient deux 
députes de la noblesse aux Etats Généraux, des prison- 
niers de guiberon, des femmes, .les vieillards et des 
enfants. L épuration des autorités constituées delà 
région était confiée à deux représentants du peuple 
en mi.ssion dans la Charente-Inférieure et la Vendée 
Léquinio de Kerblay et Laignelot ,,ui siégeaient à la 
Montagne. Des comités de salut public fonction- 
naient à Saintes et à Saint-Jean-d'Angély La tv 
rannie révolutionnaire n'épargna pas les protestants 
l^ déportes étaient entassés dans diftérents bâti- 
ments : couvent des Récollets, ca.serne, ttc Ils 
étaient tenus de se nourrir à leur frais. Par une 
amere ironie, la municipalité de Brouage devait, aux 
termes d une réquisition d'octobre 1793", tenir la main 

â ce que la malreiUance des détenus soit contenue 



— 62 — 

et que la punition qui leur était infligée ne soit pas 
convertie en luxe iimiodéré". Quelques-uns, admis à 
se promener dans le jardin du gouverneur, construi- 
sirent une grotte en coquillages h. côté de laquelle un 
petit réduit leur servait de confessionnal. On voit 
encore dans la vigne qui a pris la place de ce jardin 
le mur auquel était adossée la grotte. Plusieurs de 
ces suspects périrent de maladie et de misère. 

D'après la tradition, l'héroïque équipage du Ven- 
geur qui, en 1794, s'abîma dans les flots pour ne pas 
se rendre aux Anglais, était composé en grande 
partie de marins de Marennes et de Brouage. 

Sous l'Empire, la décadence de l'industrie du sel et 
la dépopulation s'accentuèi-ent encore. En 1801 
Brouage comptait cent soixante et onze habitants. En 
1807, on cura le canal sur une certaine étendue • il 
n en résulta qu'une amélioration passagère de l'état 
des marais. 

Cet état ne commença à se modifier qu'après l'ar- 
rivée à Marennes, en 1818, de M. Le Terme, comme 
sous-prefet. Sous son inspiration, par ses avis et ses 
instructions, des syndicats de propriétaires furent 
constitues en vue du dessèchement des 8,000 hecta 
res du bassin. On rouvrit les canaux d'écoulement 
des eaux, on dragua les autres et on en ouvrit de 
nouveaux. Les eaux stagnantes i.e tardèrent pas à 
disparaître. En 182.5, (année où Brouage fut réuni à 
Hiers pour former la L-ommune d'Hiers-Brouage), 
Brouage recueillait les premiers fruits de ces tra- 
vaux. Vingt ans aprè.s, une partie du marais était 
rendue a la production saline, tandis qu'une lieilleure 
culture était assurée à l'autre partie sensiblement 
plus étendue. Le nombre des habitants, réduit à cent 
quarante-cinq en 1815, était de deux cents en 1839 
L assainissement du pays se traduisit par un abais- 



— 63 — 

sèment très sensible de la mortalité. Les méthodes 
de dessèchement dont M. Le Terme est l'initiateur 
continuèrent à être appliquées avec succès dans la 
seconde moitié du dix-neuvième siècle. 
^.J^^!^^ ^"^ déclassement en 1885, comme poste for- 
tihe, Brouage fut définitivement privé de garnison 
La même année, par suite d'une décision du ministre 
de la guerre, les fortifications et les bâtiments ser- 
N ant a 1 artillerie et au génie allaient être vendus au 
profit du Trésor, quand les conseillers généraux 
de la Charente-Inférieure émirent le vœu (lu'il ne fût 
pas donné suite au projet, du moins en ce (lui con- 
cernait 1 enceinte fortifiée ; ils rappelèrent (lue, sous 
la première Restauration, les pouvoirs publies s'étaient 
deja opposés à la destruction des remparts, comme 
devant ci. traîner celle des plantations .jui les cou- 
ronnent et sont d'un" utilité inco .testable pour l'as- 
sainissement de la contrée. De leur côté, les pilotes 
charentais s'émurent du danger résultant pour la 
navigation de la disparition d'un point de repère qui 
eur permettait de faire franchir aux grands navires 
la barre de l'entrée de la Chareiit*-. Il est intéressait 
de constater que, près de trois siècles auparavant, un 
argument de même nature avait été invoqué pour 
assurcT la conservation d'un petit bois (voisin 
d Hiers) ; un arrêt du Conseil d'Etat de février 1600 
confirma, en efl'et, l'adjudication de ce bois à un par- 
ticulier, à la condition qu'il n'abattrait pas les «rrands 
arbres " servant de marque aux navires et autres 
vaisseaux qui passent par les détroits et dangers 
plus proches de Brouage et iles circonvoisines ". 

lie conseil municipal d'HiersBrouage, les swiétés 
dart, d'histoire et d'archéologie de la Charente- 
Inférieure et de quelques départements de l'Ouest, et 
la Société des antiquaires de France, protestèrent à 



— 64 — 

leur tour contre la mesure projetée, en évoquant le 
glorieux passé historique de Brouage. Après entente 
entre le ministre des Finances, celui des Beaux-Arts 
et le conseil municijjal d'Hiers-Brouage, il fut décidé, 
en 1889, que l'aliénatio . des remparts aurait lieu au 
profit de la commune qui s'engageait à les entretenir 
à perpétuité dans leur état actuel, et qu'ils seraient 
classés parmi les monuments historiques. Peu après, 
ce qui restait des anciens bâtiments militaires fut 
vendu aux enchères. 

Il a été question, à plusieurs reprises, de démolir 
les remparts de Brouage. La résistance qu'ils au- 
raient opposée au pic et même aux explosifs brisants, 
et qui n'a pas peu contribué à les pré.server d'un 
démantèlement, s'explique par l'usage que fit Dar- 
gencour de clefs en fer destinées à lier les moellons. 
En raison de l'humidité de l'air dans la région, sur- 
tout pai les vents d'ouest, on n'aurait pas atteint le 
même but avec du ciment ordinaire. Telle fut la 
quantité de métal employée alors à la consolidation 
de la maçonnerie qu'à l'époque ou l'on ouvrit à tra- 
vers les remparts deux passages pour la route de 
Marennes à Rochefort, les entrepreneurs en recueil- 
lirent plus de 600 kilogrammes dans les débris de 
brèches. 

^ Presque tous les anciens bâtiments militaires de 
1 intérieur de la forteresse ont disparu. Des vignes 
ont été plantées sur l'emplacement des casernes et 
de l'hôtel du gouverneur. Quelques anciennes cons- 
tructions plus au moins délabrées, des maisons mo- 
dernes disséminées dans des jardins dont les murs 
de clôture sont souvent ceux des habitations écrou- 
lées, des arbres et des plantations diverses composent 
un étrange fouillis au milieu duquel les regards 
peuvent à pein : s'orienter, même du haut des rem- 



r,-> — 



parts. En dehors de la gratule nu: de Brouage, qui 
n'est autre (jue la route de Maronnes à Rochefort, 
tout respire l'abandon : l'herbe (|ui pousse dans les 
rues latérales se croisant toutes à angle droit, le 
silence qui y règne et les rares habitants (lu'on y 
rencontre. 

Parmi les magnifiques ormeaux qui ombragent les 
remparts, quelques-uns datent de l'époque où la for- 
teresse a été construire ; san.s les protestations des 
habitants, il y a longtemps .(u'ils seraient tombés 
sous la cognée. Sur le terre-plein de la rue des 
Orfèvres (nom de rue de l'ancien Jirouage), au pied 
d'une rampe dallée pour le canon, accédant au bas- 
tion Royal, se dresse un beau frêne planté le jour de 
la naissance du duc di; Reichstiult. On a arraché, il 
y a peu d'années, dans l'ancien jardin (vigne) du 
gouv-erneur, un vernis du Jajion ((ui avait l'âge du fils 
de \ai«)lé<m ITI. 

Située au crcur de la ville, l'égli.se de Rrouage a 
ete réédifiée en IGOf, après avoir été pres(|ue com- 
plément détruite pendant les guerres de religion. 
Son état de ilélahrement à l'intérieur e<t impression 
nant : murs blanchis à la chaux, absence de décoi-a- 
tion, dalles de la nef verdies par la moisi.ssure, 
énorme trou béant dans la toiture. U- cadran solaire 
de la façade et l'horloge placée dans le clocher datent 
du dix-septième siècle. Il y a <|uel(]ues années, l'orti- 
cier du génie qui avait Brouage dans son ressort, fit 
enlever une des deux chwhe» sjins provo<iuer' de 
plaintes de la part fies habitants, mais .s'étant pré- 
senté de nouveau pour s'emparer de l'autre, il trouva 
en face de lui un h mme du pays bien décidé à en 
laisser personne monter dans le clocher, et dont l'at- 
titude menaçante le foi\a à aba:idoiiiier son projet. 



— 66 — 

Svlt'""''''^''*^ """"■* ^^P^-^^ '« n»"» de Car- 
Clttude d'Acigné, marquis Carnavalet, est mort 
gouverneur de Brouage en 1686; une dalb en maX^ 
no,r recouvre sa dépouille nu pied du maître autel 
Les arohnes historique du ministère de la «ueri 

ae lb7J et 1674 (I). Dans la chapelle latérale dé 
droite, on remarque la pierre tombale d'un autre 
gouverneur, Joseph de Gay, sieurde La To"r che 
vaherdeSa.nt-Ix>uis, mort en 1762. C'était un vété 
ran des guerres du grand siècle 

de l'éXe"s/ w'''"'''^"''' Pr '^'^ P"'-*« d'entrée 
ae leglise, se Iresse une colonne en pierre décorée 

ners , elle est surmontée d'un globe terrestre pf 
repose sur un socle portant I insc^riptio.i s^te 
Samuel Champlain, né à Brouage vers 1570 to,: 

t"a?^' T,':^'"''''"''' voyages,V32 
mon en lbJ5. Ce hardi navigateur, ce nremier 
pionnier de not.^ empire colonial, mérita miruTque 

LT^n r"""'*'"*- E" défendant contre Z 
Anglais Québec qu'il avait fondé. Champlain ft^ {Tt 
pr^onnier et emmené en captivité. Rendu àla hbeS 
Il releva Québec de S.-S ruines. Les Canadiens ont 

V^7 sur une partie culminante de la ville, d'où 
londomine le fleuve Saint-Laurent. 

-grand fcuyerde Henri ?Ie.'^'~'"""P''^"" '^"■""•"•l»'. 
truit Ihôtel qui abritriufouJ^^h.'.f P"""^'» veuve duquel futcons- 
n'avon, pu établ"?";»' So„ ^"^ Carnavalet; mai, nou. 



b( — 



VI 

hA'' n' V'°". ^"PStemps balancé la fortune de la 
libelle et assisté à la chute de sa rivale, Brouage 
avait succombé à son tour. La perspective davenir 
militaire maritime, que Richelieu avait entrevue 
pour ce coin de terre ferme conquis sur les marais, 
setait évanouie à jamais ; aucun effort humain n'au^ 
rait pu d ailleurs l'arracher à son destin. Il est plus 
facile d opposer une barrière aux empiétements de 
1 Océan que de l'empêcher de reculer ses limites 
rf«« " P«"* t-^u^er entre Brouage et Aigues-Mortes 
des raits de ressemblance assez frappants pour jus- 
tifier lappelation d' " Aigues-Morterde TOcéan " 

3 i?rt V* P"""*^™ '^^ "'^ ^'"««- I^'""» et l'autre 
ont été fondées au milieu des marais, celle<;i par un 
grand roi celle-là par un puissant ministre ; l'urne et 
1 autre ont dispute leur port à 1» ruine et à l'aban- 
don dont il était menacé par la nature et la configu- 
rat^n de leur rivage ; l'une et l'autre ont perdu toute 
importance militaire et maritime, et n'ont conservé 
d un passe qui eut ses jours de gloire et de prospé- 
rité que leur ceinture murale. Pendant les guerres 
de religion, elles ont .servi de place d'armes aux ca- 
tholiques et aux protestants qui s'en rendaient maî- 
tres tour à tour. Enfin, la création, sous Louis XIV 
d'Ai^.P M . î"' " ^«*«™i"é 1<^ perte déflnitiv; 
1 Zhf T^i P^" P'^ ^ l'époque ou la fondation 
de Kochefort et de son port rendait irrémédiable la 
décadence de Brouage. 

.,.?aT ^ '^"'^.^'««i"tes fortifiées, elles ne peuvent 
que différer sensiblement, ayant été construiterà trois 
siecesetdem de distance. La première, faite de 
hautes murailles percées de portes et de meurtrières 



— 68 — 
obslr ,u '^''"';°" J"^'' confondu devant ce nid 

^ti;:rs^ni;irr"«— '^'-^^ 

tou ent Cost toujours une solitude, mais on n'y voh 

les oanaL étaiLTcrbl^'^^a L%Z '1^^ 
marécages de Jadi, ont .accédé l^'^^ ^^^ 



u l'- 
en 
lie 
nt 
ar 
if, 
li- 

ui 

it 
le 

s. 
d 
it 



— 69 — 
temps verdit I/,ur aspect ^., pe,. grisâtre peuda.it 

Général BOURELLY, 




Monumene Champlain. Québec, sur la terras» nufferin, 
élevé par ,e.c,toye„s de Québec sous l'inspiratiorde 
la Société St. Jean-Baptiste de Québec . 

2 sept. 189g 



LISTE DE SOUSCRIPTEURS 



Nap. Droum, Maire ,1e Om.l,ec .*!->5 00 t".' . ■ ' 

A. T..,,.eon, $25.00 ; Sir G. Gin,;''' Vî 5o"T ' ^ 

['■ U. Uspcrancc, .•«25.00 ■ ]f,m M„v T , ""' 
«:^5 0o H..„. L. P. PdlU ' .4oo M r'K 

is. G. M;j,. I^n«evin, St-Hmiface, .«-^5 00 • ij.; Ph; ' 
vahers, ,1,, Colomb, .«25.00 ■ S (S \f ' \l i \ ^\'" 

Hon. F. A. Uiuh.r.^1500 M '^'^Vn'''' 

neau, s,o.OO ; M. Isidore HoW.a,,, 8l6 00 AI J" f" 
iMnon, $10.00; S'a Gran.l.ur M«r Biais *iooo 
ha Grandeur M^r Berna«l, .^10 00 S ' Fr. ^ 
Laiii'elipr .'510 on vr 4 •'"■"", ou l'rantias 

S G V ■ ';'7''«"'-?l<».00;Ch,s A. Pa-jneV-'^lO 00^ 

.i".00. M. J. B. Monsset, .^10.00 ; M. Germain 



— 74 — 

Lépine, «10.00 ; M. J. B. O. Gagnon, «10.00 ; M. N 
E. Dionne, «10.00 ; Un ami C, «10.00; M. J. E 
LivemoiH, «10.00 ; La SfwWté .St-Jean-Bapti«te St- 
Sauveur, «10.00 ; La Société Ht-Jean-Baptiste Beau- 
port, «10.00 ; La 8<ici<it.'. St-Jeaii- Baptiste Limoil.u, 
«10.00 ; laîH Elève» de l'Acudétnie St-Louis, «10.00 ; 
M. C. A. ParadiH, «10.00 ; M. Arthur Uchance, 
M. P., «5.00; M. C. J. Ma^iian, 5.00, M. Eugène 
Leclerc, M. P. P., «5.00 ; M. Armand, Lavergne, 
M P. P , «5.00 ; M PhiléaH Corriveau, «5.00 ; 
M. F. X. Drouin, «5.00 ; M. Eusèbc Belleau, «5.00 ; 
M. Forgus Murpliy, «5.00 ; M. P. V. Chaloult, 
«5.00 ; M. Charles Smith, «5.00 ; M. L. A. Cannon, 
«5.00 ; M. Aimé Dion, «5.00; Hon. P. A. CluKiuette, 
«5.00 ; r.«uis Létounieau, M. P. P., «5.00 ; Auguste, 
l ion, «5.00 ; H. Edmond Dupié, .^5.00 ; Dr Ijiurent 
Catellier, «5.00; Uév. Antonio Huot, .*5.00 ; Joseph 
Picard, «5.00 ; La Cie Langlais et fils, .S5.00 ; Un 
ami, «5.00 ; Tourigny et Marois, «5.00 ; H. Paciuet, 
«5.00 ; L. Jos. Belleau, 85.00 ; S. G. Msr Koy, «5.00; 
Rév. M. Déziel, Beauport, «5.00 ; Rév. Père Vali- 
quette, «5.00; M. H. RolK-rt, .S5.00 ; M. J. S. 
lAvallée, «5.00; Dame Vve Lemelin, «5.00; M. 
Etienne Cloutier, «5.00 ; M. Lucien Borne, «5.00 ; 
La Société St-Jean-Baptiste Sto-Foy, «5.00 ; Les 
Zouaves de QuéU^c, «5.00; Suce. St-Jean-Baptiste 
Artisans Canadiens-frani;ais, «5.00 ; M. J. E. Cha- 
pleau, «5.00 ; M. Oct. Feuiltault, 85.00 ; M. A. 
A. Rhéaunie, «5.00 ; M. Ferdinand. Roy, 85.00 ; 
M. Onésime Pouliot, «5.00 ; M. Elz. Baillargeon, 
«5.00 ; M. Jos. Ahern, «5.00 ; M. D. E. Drolet,«5.00; 
Le Club de Raquette Montc.-ilm, «5.00 ; M. Charles 
Langlois, «5.00 ; M. Ernest Myrand, «3.00 ; J. E. 
Martineau, «3.00 ; Notaire Louis Savard, «2.00 ; 



— 75 — 

Rév. M Dupui», «2.00 ; J. N. Miller, 12.00; Eu.èbe 

Martel. «2 00 ; Un «mi L. H. P., «2.00 ; «.. ' Matto, 

92.00 ; J. Lwrn Ilousseau, «2.00 ; P. Ala;,-i, «2 00 • 

J. L. Lebrun, «2.00; F. X. Hoisvert, «2.00; M. Cvr' 

Ubrecque, N. P., $2.00 ; M. J. A. Foisy, N. P ' 

«2.00 ; Un ami, J. C. J., «2.00 \f. C. N Hamel' 

i!'2^ '^ ^'''''' B«"-nier, «2.00 M. Ail,. Seviimy! 

îo-^« ' ^; "^"^J- '^'''•"^' *-•""; *I ï- '^"»"- Ueaubien, 
«2.00 ; M. J. A. PitWost, P?. 00 ; M. Alf Mavan! 

loZ ' M r'^i"'T^T.' ''■"" ■' "^ '"^- '^--"" 
92.00 ; M. C. A. IjiugloiH, .-iu'.OO : .M. Alf I,- Ii-c 

«2.00 ; L'abb«; J. C. Ar»eii;i,ilt, «l'.'p,. ■ Pi ! j». IVé' 
82.00 ; M. P. Ihimontiei, -iL'.OO ; 1 , vl J |{ Des' 
jardins, «2.00 ; M. J. N. B.'ll,,.,,, ::^-.'.00 "m ']^;.,n 
Oaboury, «2.00 ; M. J. Bte LuuufttL-, .Sli.OO • M 
Jule.s Hone, jr, .«2.00 ; M. J. N. Itoauniont, .-*.> 00 • 
M. J. B. Diolet, «2.00 ; M. O Hivori,,, S ■ 00 •' 
M. F. Vachet, ^AO ; M. Nap. Del ifiaiv, i?i.Oo' 
M. G. Lt'tounieau, !*1.00 ; M. Dr A. Di min !*1 00 ■ 
M. Edfçar Pelletier, .«il. 00 ; M. E. L'Heureu.x' .*/ 0^1-' 
M. Frs. Moisan, 81,00; M. Jo.s. Blond-au.'.'^VoO • 
M. F. X. Martel, .«1.00 ; M. D. Wulsl, .«] 00 ' 
M. Orner Hardy, «1.00 ; M. Olivier Matte,.«l 00 • 
^■nn !!■ ^- /''^"''«t' «100; M. J. C. U.r.ix,' 
81.00 ; M. J. L. Du.s.sa,ilt, «1.00; M. Davi,' Falar- 
deau,«1.00;M, E. Roumilhac, «1.00; Mme Vrt 
Barril, 81.00; M. C. O. I^woic, «1.00; M Êuk' 
Laraontagne, 81.00; M. Art. Paquet, ,«100- M 
Damien Matte, «1.00 ; M. ïélesph. Verret 81 00 ' 
Dr Alb. Jobin, «1.00; M. Nap. Barbeau,' 81.00,' 
M. F. X. C. Delachevrotiére, «1.00 ; Dr G e' 
Martineau, «1.00; Lëon Hardy, $1.00; Odilon Poli- 
quin, «1.00; Alfred Pelland, |1,00; Alex. Robit.aiUe, 
81.00; J. C. Paquet, «1.00; Art. Matte, Jr., «1.00 • 



— 76 — 

nilâ ' ^*"S** î^ St-Romuald, 81.00; M. J B 
Delâge, N P $1.00; M J. A. Mère er, $1.00 "• 
Lne amje, $1.00; Amédée Denault, $J.oÔ; John 

p •^?.' "• X., f 1.00 ; C. S. O. Boudreault, Sl.OO 
P. Thivierge, 50 cts ; P. Côté, 50 cts ; M. Pelletier 

M. Jos Richard 50 cts ; Une amie, 26 cts ; M. X 
■io cts ; Un ouvrier, 10 cts. 



lontigny, 

t J. B. 

«1.00; 

• ; John 

)U88ault; 

81.00 ; 
'elletier, 
50 cts ; 
; M. X. 



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